samedi 15 juillet 2017

Le pompier, ce bouc émissaire

Même si le dispositif de prévention et de lutte contre les feux de forêt implique l’engagement des collectivités locales et certains organismes étatiques, les services de la Protection civile sont les premiers à être pointés du doigt à chaque fois qu’un incendie dévore des centaines d’hectares. Des centaines d’hectares ont été ravagés ces derniers jours par les feux de forêt. Quelque 36 incendies ont été recensés par la Protection civile ces dernières 24 heures à travers le pays. «Ces quatre derniers jours, les feux de forêt ont ravagé 1500 hectares. Hier (jeudi) seulement, 674 hectares ont été détruits», signale Farouk Achour, responsable de la communication de la Direction générale de la Protection civile (DGPC), contacté par El Watan. Des détachements de l’ANP ont été dépêchés mercredi et jeudi pour prêter main-forte aux services de la Protection civile et de la Direction des forêts afin de maîtriser les feux au niveau des wilayas de Tizi Ouzou, Blida, Médéa, Tlemcen, Relizane et Jijel, et pour évacuer les habitants des zones touchées par les flammes et leur prodiguer les premiers soins, indiquait hier un communiqué du ministère de la Défense nationale (MDN). Durant la journée d’hier (vendredi), les sapeurs-pompiers étaient toujours sur le front de la lutte contre les incendies à travers une dizaine de wilayas du pays. «A l’heure où je vous parle (hier vendredi), 20 feux de forêt se sont déclarés dans 12 wilayas : Médéa, Sétif, Jijel, Batna, Bordj, Souk Ahras, etc. Avant-hier, dans la wilaya de Tizi Ouzou, nous avons recensé 53 incendies. Notre priorité est de protéger la population dans cette région où se trouvent 1300 villages. La répartition géographique de ces incendies à travers le pays est énorme», reconnaît le colonel Achour. Les fortes chaleurs caniculaires, mais aussi l’élément humain sont à l’origine des incendies. «Nous avons enregistré dans la wilaya de Tizi Ouzou une soixantaine d’incendies dans une même journée. Je doute que l’élément humain soit seul en cause», estime-t-il. Près de 20 000 sapeurs-pompiers sont engagés quotidiennement à travers le pays. Pour cette année, la Protection civile a mobilisé 646 unités territoriales installées à proximité des forêts, auxquelles s’ajoutent 22 colonnes mobiles. «Ces unités spécialisées sont réparties à travers 22 wilayas à forte couverture forestière. Elles sont composées chacune d’une centaine d’hommes et dotées de 12 engins, légers, moyens et lourds. Ces équipements sont immédiatement mobilisables. A tout cela s’ajoutent d’autres moyens engagés quotidiennement sur le terrain», précise l’officier. Que font les élus et la DGF ? La Protection civile annonce mettre l’accent sur des actions de sensibilisation envers des partenaires (Direction des forêts, collectivités locales, sociétés publiques, citoyens, etc.) «Tout le monde doit s’impliquer dans les opérations. La lutte contre les feux de forêt n’est pas du seul ressort de la Protection civile qui, du point de vue de la loi, est là pour venir en renfort aux actions menées par d’autres partenaires», signale M. Achour. La réglementation fait obligation à la DGF de se doter de moyens pour lutter contre les incendies, «sa mission première», relève une source au ministère de l’Agriculture, qui a requis l’anonymat. «La lutte contre les feux de forêt échoit en premier lieu aux différentes Directions des forêts du pays. Cette mission a été quelque peu négligée par rapport à l’aspect développement rural (plantation d’arbres), devenu, en raison des fortes dotations allouées, la priorité des priorités pour ce corps. Donc, les directions qui permettent étrangement à leurs éléments de prendre leurs congés durant l’été doivent s’occuper en priorité de la lutte contre les feux de forêt», estime notre source. Le travail sur le terrain devrait échoir aussi aux APC et aux entreprises publiques, à l’instar de Sonelgaz qui ont pour mission de réaliser des pistes et les entretenir, installer des points d’eau pour faciliter le travail des sapeurs-pompiers, éradiquer les décharges sauvages, etc. «A Tizi Ouzou, où nos sapeurs-pompiers n’ont pas dormi durant 5 jours, on ne dispose pas suffisamment de points d’eau pour nous approvisionner. A cette difficulté s’ajoute l’absence de pistes, qui, si elles existent, ne sont pas entretenues», regrette M. Achour, l’officier de la Protection civile.               

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