mardi 25 juillet 2017

Le foncier au cœur des scandales

Le foncier, ce bien national privatisé, est livré à de faux projets et de suspectes transactions dont aucune plus value ni retombée positive sur l’économie nationale n’est avérée. Rapine, corruption, dilapidation, le foncier agricole n’en finit pas d’être livré aux quatre vents. La mauvaise gouvernance, qui caractérise un système basé sur la rente et sa distribution, a montré au fil des années et des scandales qu’il n’y a plus de limite à l’indécence. Les colonnes de journaux se noircissent à coups de scandales qui se suivent et se ressemblent dans la manière avec laquelle les deniers publics sont dépensés sans compter pour gargariser des ventres d’oligarques insatiables. Les caisses des banques ouvertes comme dans le «Far West» à tout bandit jouissant de l’arme de dissuasion du pouvoir. On assène un coup derrière l’autre au foncier agricole, partagé comme un énorme gâteau pour assouvir les caprices d’un nouveau genre de «seigneurs féodaux» qui n’ont de cesse de jouir des richesses nationales et de chanter famine à la «plèbe» à qui on demande de serrer la ceinture. La terre, ce bien commun sur lequel on fonde l’espoir de laisser aux générations futures une source de vie et de survie, est disputée et morcelée entre responsables en charge pourtant de préserver les biens publics. La terre, encore une fois, devient non pas la source de vie d’un pays exsangue mais le cœur battant des scandales et des batailles de clans qui se servent au gré du moment avec la bénédiction du prince et de ses serviteurs. Le foncier, ce bien national privatisé, est livré à de faux projets et de suspectes transactions dont aucune plus value ni retombée positive sur l’économie nationale n’est avérée. De scandales en scandales, les leçons ne sont pas retenues. Quid de Amar Saadani et Saïd Berkat et les milliards des concessions agricoles ? Quid de la gestion catastrophique du dossier du Programme national de développement agricole ? On a souvent confondu libération du foncier avec dilapidation. Il ne se passe pas un jour sans que l’on rapporte des bribes d’informations sur l’acquisition par un ministre, un wali, un homme d’affaires ou autre proche de la sphère du pouvoir, d’une surface agricole. Des hectares se distribuent comme des certificats de jouissance au profit d’oligarques et politiques alors que l’on prépare les citoyens à renouer avec la politique des bons d’alimentation. On ne se rappelle plus du nombre de fois où l’on a crié faire la guerre aux dilapidations du foncier agricole, à la préservation de la ressource alimentaire du pays, à poursuivre toute atteinte aux biens de la collectivité, mais on assiste encore et toujours au retour aux affaires des anciens seigneurs accusés pourtant de rapine. On a bien vu le retour triomphaliste de Amar Saadani avec ses 300 millions d’euros détournés de la CGA, de même que la réhabilitation de Abdesselam Chelghoum comme ministre de l’Agriculture après avoir été cité lui aussi dans le dossier du détournement de foncier agricole. «Il faut faire feu de tout bois. Si vous pouvez créer une zone d’activité industrielle dans chaque commune, allez-y», lançait Abdelmalek Sellal aux walis du haut de sa tour, entouré de seigneurs féodaux. «Il ne faut plus hésiter à prendre des initiatives… Si vous avez besoin d’une couverture par rapport à la réglementation, nous sommes là», disait-il encore à la même assistance de fonctionnaires devenus des distributeurs de foncier. Résultats des courses ? Les walis semblent avoir un peu trop compté sur la couverture de Sellal. Aujourd’hui, Abdelmadjid Tebboune décide de geler toutes les affectations agricoles destinées à la création de nouvelles exploitations agricoles et d’élevage, notamment les fameuses fermes pilotes associant des partenaires privés. La ferme pilote algéro-américaine a d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre sur la manière avec laquelle le projet a été ficelé et attribué. Le foncier restera fermé jusqu’à «l’élaboration d’un nouveau cahier des charges déterminant les conditions d’accès aux réserves foncières agricoles du domaine national». Est-ce là une fermeture destinée à réellement assainir ce secteur ou une petite quarantaine obéissant à de purs calculs politiques en attendant de voir la nouvelle direction du vent ? Le feuilleton continue.

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