jeudi 20 juillet 2017

La rupture ?

C’est sous le gouvernement Sellal que Ali Haddad s’était érigé en Premier ministre bis, distribuant les bons points, critiquant ouvertement les choix économiques du gouvernement et devenant l’interlocuteur privilégié des hommes d’affaires étrangers. Ali Haddad est-il lâché par Saïd Bouteflika ? C’est la question que se posent les partis politique et le milieu des affaires depuis le traitement réservé au patron du Forum des chefs d’entreprise (FCE), lors de l’inauguration, samedi dernier, de l’Institut supérieur de la sécurité sociale. Une question d’autant plus pertinente que le patron des patrons a toujours mis en avant ses supposés «liens privilégiés » avec le frère du Président, par le passé. «Il s’est beaucoup répandu sur cette relation privilégiée avec Saïd Bouteflika, confirme un homme d’affaires sous le couvert de l’anonymat. Sans que personne ne sache vraiment quelle est la nature effective de leur relation.» «Ali Haddad n’a jamais fait partie du premier cercle des Bouteflika, affirme un ancien ministre. Il n’a jamais été un intime et a toujours été perçu comme un partenaire d’affaire, qui avait son utilité et pouvait servir les intérêts des Bouteflika. Nous sommes loin de la relation qui unit Saïd Bouteflika à Kouninef.» Et d’ajouter : «Pour le frère du Président, c’était juste une relation gagnant-gagnant.» En 2014, lors de la campagne présidentielle pour un quatrième mandat, le patron du groupe ETRHB a mis la main à la poche et usé de toute son influence pour amener d’autres hommes d’affaires à soutenir le quatrième mandat. Comme lot de consolation et pour service rendu, il sera parachuté à la tête de la plus importante organisation patronale du pays quelques mois plus tard. Une position privilégiée, qui fera du patron du club de l’USMA, l’une des personnalités les plus puissantes du pays. «Quand Ali Haddad s’est vu plus grand qu’il n’est, il a signé son arrêt de mort», détaille notre interlocuteur qui rappelle qu’en Algérie et depuis 1999, seul le président de la République ou son frère sont des faiseurs de rois et ceux qui «l’oublient sont jetés aux oubliettes». C’est sous le gouvernement Sellal et alors que Ali Haddad s’était érigé en premier ministre bis, distribuant des bons points, critiquant ouvertement les choix économiques du gouvernement et devenant l’interlocuteur privilégié des hommes d’affaires étrangers, que les rapports entre les deux hommes se sont refroidis. «A trop vouloir donner son avis sur des sujets qui ne sont pas de sa compétence et à se mêler de la composition du gouvernement, il a débordé du cadre de ses prérogatives.» Et précipité sa chute. Mais pour beaucoup, le frère du Président n’a jamais pardonné au patron du FCE son rapprochement avec Ahmed Ouyahia, secrétaire général du RND et directeur de cabinet du président Bouteflika. Saïd Bouteflika soupçonnant Ali Haddad de vouloir coopter l’ancien Premier ministre pour 2019. «La prochaine présidentielle est une vraie obsession chez Saïd, affirme un ancien ministre. Il veille à ce que cette élection ait lieu avec un Bouteflika comme candidat ou alors avec un candidat dûment choisi par lui.» Sous le couvert d’une campagne lancée par le Premier ministre Tebboune et censée séparer le pouvoir de l’argent et la politique, Ali Haddad vient d’apprendre à ses dépens que le pouvoir ne se partage pas.

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