mardi 25 juillet 2017

La justice va-t-elle s’autosaisir ?

Et maintenant ? C’est la question que les Algériens se posent après les révélations qui éclaboussent l’un des hommes les plus riches d’Algérie, des membres de la plus importante organisation patronale (FCE) et d’anciens membres du gouvernement. Si la série de divulgations faite par le Premier ministre Tebboune n’étonne personne, tant les fortunes amassées en un temps record ne pouvaient l’être qu’en contournant les lois, l’ampleur des malversations a de quoi donner le tournis. Quand le Premier ministre, comme le rapporte le quotidien Liberté dans son édition de dimanche, cite le cas d’un chef d’entreprise dans l’agroalimentaire, qui «exporte des pâtes en Tunisie pour 1 euro, pour les réimporter ensuite au prix de 10 euros», se serait offert un yacht pour 20 millions d’euros en Italie et louerait à l’année une suite dans un luxueux hôtel pour 1 million d’euros, alors que les enquêtes ont mis en lumière l’achat d’une banque en Espagne et une tentative d’achat de l’entreprise suédoise de télécommunications Ericsson dans la perspective de l’imposer comme partenaire unique des trois opérateurs de téléphonie mobile, on se croirait regarder un épisode de Gomorra, géniale série italienne dans laquelle la mafia désosse l’économie du pays. Le Premier ministre Tebboune aura beau assurer devant ses visiteurs : «Il faut qu’ils payent et rendent des comptes. Nous avons des dossiers bien ficelés. Ils ont transféré de l’argent à l’étranger. Nous avons la liste des biens achetés en France, en Espagne et ailleurs», il sera jugé sur sa capacité à actionner l’appareil judiciaire, resté souvent à l’écart des affaires de grande corruption. Depuis 2006, l’année où fut votée la loi relative à la prévention et à la lutte contre la corruption, la justice algérienne a traité plus de 12 000 affaires, qui touchent essentiellement à la petite corruption et très peu… de grosses affaires. C’est peut-être pour rassurer une opinion publique trop habituée à voir les dossiers de corruption finir dans les tiroirs que le ministre de la Justice, Tayeb Louh, a jugé utile de rappeler que «la justice n’est qu’un maillon de la chaîne de lutte contre la corruption et contre tous les autres crimes liés à la dilapidation des deniers publics qui nécessitent l’intervention des parties concernées». L’assurance que la justice ne se défaussera pas et ira jusqu’au bout de la campagne menée contre les hommes d’affaires qui ont gravité autour du cercle présidentiel et de l’ancien Premier ministre Sellal, et dans laquelle le nouveau Premier ministre s’est personnellement engagé à mener jusqu’au bout.  

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