vendredi 21 juillet 2017

La culture de l’assurance n’est pas inexistante, mais elle a encore des marges importantes d’ancrage

- Quel bilan faites-vous aujourd’hui de la politique agricole et d’élevage ? Elle est en deçà du potentiel réel si on prend en compte les exploitations existantes. Si on s’adosse aux données chiffrées, et à titre d’exemple pour celles — même encore provisoires — de 2016, l’assurance agricole enregistre un chiffre d’affaires de 3,37 milliards de dinars, représentant moins de 03% du chiffre d’affaires du marché national des assurances pour un potentiel agricole national important. C’est dire que le taux de pénétration de cette branche reste faible, malgré les efforts déployés par les assureurs à ce sujet. Mais cela ne peut suffire si les agriculteurs ne prennent pas conscience de l’importance d’une bonne couverture ce qui faciliterait leur adhésion et, par la même, contracter une assurance. Cet état de fait est expliqué par divers éléments, notamment la méconnaissance et le manque d’informations, la perception exagérée par les agriculteurs du prix de cette couverture et l’habitude d’être, le plus souvent, pris en charge par les pouvoirs publics en cas de sinistre à travers les dispositifs existants, comme le Fonds de garantie des calamités agricoles (FGCA). Pour la stratégie développée, en matière d’assurance agricole, les assureurs, et à leur tête la CNMA, ont développé des offres s’adaptant au terrain et à la mentalité de l’agriculteur en termes de prix mais surtout de communication de proximité. Ceci d’une manière globale et, pour plus de détails, il faudra vous rapprocher des assureurs eux-mêmes. - Pourquoi n’arrive-t-on toujours pas à inculquer cette culture aux agriculteurs ? La culture de l’assurance ne s’instaure pas du jour au lendemain, permettez-moi un petit écart, celle-ci se «cultive», c’est un long processus. Elle n’est pas inexistante, heureusement, mais elle a encore des marges importantes d’ancrage. A ce titre, divers niveaux multisectoriels sont appelés à y contribuer. Les assureurs eux-mêmes sont conscients de toute l’importance d’œuvrer sur ce palier en vue de contribuer à cet ancrage souhaité par tous : les assureurs élargiront leurs portefeuilles, les assurés bénéficieront de rapides indemnisations, les pouvoirs publics seront allégés de ce poids financier qui pourrait servir à une autre œuvre de construction de l’économie du pays, etc. Je ne manquerai pas de rappeler toute l’importance que revêt l’assurance pour compléter la chaîne de l’efficacité et du développement agricole, du fait que les assurances constituent un maillon impératif afin d’éviter les dysfonctionnements et les déséquilibres que pourraient induire des catastrophes naturelles par exemple et des sinistres de grande envergure, comme c’est le cas des incendies de forêt enregistrés ces derniers jours dans plusieurs wilayas du pays. - Quels sont la politique et les efforts que doivent faire les compagnies d’assurance pour attirer plus de clients, évitant ainsi, en cas de sinistres, de puiser dans le Trésor public pour d’éventuelles indemnisations ? Plusieurs lignes d’attaque ont été mises en place par les assureurs, à commencer par la proposition de produits répondant aux besoins de l’agriculteur et en fonction des aléas climatiques également ; ensuite une offre tarifaire revue à la baisse, une communication globale ainsi qu’une communication de proximité (sur le terrain et avec les exploitants). Ce sont là quelques aspects dans l’attente d’une évolution probable des futures offres et propositions. Quoi qu’il en soit, le marché national des assurances offre une multitude de services, de plus en plus diversifiés, notamment depuis une demi-décennie, avec la naissance des sociétés d’assurance de personnes (filialisation à partir des sociétés restées, elles, exclusivement d’assurances dommages). Pour les assurances agricoles, nombre de sociétés «dommages» offrent, en effet, des contrats à même de protéger convenablement nos agriculteurs. Parmi ces sociétés figure la doyenne qui assure en agricole, en l’occurrence la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA). Ce qu’il y a lieu de souligner c’est que des campagnes de sensibilisation et d’information sont souvent menées par ces sociétés d’assurances, sans pour autant que cela ne soit très largement suivi… - Pourquoi les compagnies d’assurance ne rendent pas ce produit obligatoire, à l’exemple de ce qui se pratique concernant l’assurance automobile ? D’abord, il faut savoir que cela n’est pas du ressort des sociétés d’assurances mais que cet aspect est légalement encadré. Ensuite, à mon humble avis, il faut éviter de rendre obligatoire cette assurance car le terrain nous a démontré que même en présence de diverses obligations d’assurance (CAT-NAT, les différentes responsabilités civiles...),  il n’en demeure pas moins que l’adhésion à ce type d’assurance est resté très timide. Et en ce qui concerne les agriculteurs, des dires des gens du terrain et des représentants de leur corporation, leur spécificité est un argument supplémentaire pour, justement, éviter cette obligation. Il faudrait, à mon sens, aller vers un système permettant à la fois d’y faire adhérer les agriculteurs par divers truchements, comme un accompagnement sous forme de subvention d’une partie de la prime sous réserve que cet agriculteur paie un minimum de primes qui constitue une manière d’apprentissage et de connaissance de l’assurance. En parallèle, les fonds publics ne seront plus concernés pour toute indemnisation, en cas de sinistre, mais ce sera l’assureur qui interviendra, étant donné que c’est lui qui encaisse la prime totale. - Qu’en est-il de l’assurance habitation ? Comme pour l’assurance agricole et autres polices d’assurances, l’assurance habitation enregistre de sérieux efforts consentis par les assureurs auprès du potentiel assurable, parfois même via du porte-à-porte et de vive voix, bien que cela demeure insuffisant pour que soit ancrée rapidement la culture de l’assurance dans notre pays. Néanmoins, cela n’amène pas toujours les résultats escomptés et, parfois, il y a lieu de marteler des années durant avant que la portée d’un message soit réellement captée. L’assurance habitation n’échappe pas à la réalité du manque de culture d’assurance dans notre pays. L’on peut voir, ainsi, une habitation, qui coûte plusieurs centaines de millions de centimes, voire des milliards de centimes, que son propriétaire ne songe point à l’assurer en tant que bien précieux, contenant et contenu. Néanmoins, des tentatives de changer cet état de fait existent chez nombre d’assureurs. - Pourquoi les clients croient peu à ces assurances ? Et pourquoi les compagnies ne font pas d’efforts, en même temps, pour les convaincre ? Je ne partage pas entièrement votre constat sur l’absence d’efforts de la part des sociétés d’assurances. Bien au contraire, elles sont conscientes qu’elles ont, toutes, intérêt à convaincre et elles ne lésinent pas sur les moyens pour le faire. Il y a des compagnies qui consacrent jusqu’à 5% de leurs budgets aux volets communication et marketing par lesquels toute entreprise espère convaincre le potentiel client et fidéliser ses assurés…  Contracter une assurance devrait devenir un acte citoyen systématique dès qu’un risque pèse, que ce soit sur les personnes ou sur les biens… - Quel est le produit existant pour l’assurance habitation et y a-t-il une politique selon les régions à risque ou pas ? Plus d’une vingtaine de sociétés (24 entre assurance et réassurance) agréées activent sur le marché national et elles offrent une multitude de produits d’assurances, dont ceux ayant trait à l’assurance habitation, la plus répandue étant la «multirisques habitation». En ce qui concerne l’assurance contre les effets de catastrophes naturelles, communément appelée Cat-Nat, le dispositif qui régit cette catégorie d’assurance a bien sûr défini des paliers, tant pour la prime que pour l’indemnisation suivant un zonage à risque ou pas. En somme, je voudrais relever que le caractère obligatoire ne règle pas nécessairement et systématiquement le problème du niveau réduit du taux de pénétration des assurances en Algérie. Pour preuve, celle susmentionnée de l’assurance contre les effets des catastrophes naturelles, pourtant obligatoire depuis bientôt une quinzaine d’années dans notre pays, et qui n’est souscrite que par un cinquième de nos concitoyens.  

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