vendredi 14 juillet 2017

De Paris à l’oued Jorgi de Maghnia

L’histoire de Dibena Kouam, 31 ans, est atypique. Contrairement à beaucoup de migrants du ghetto, lui s’est rendu en France en 1996 en compagnie de sa mère d’une manière régulière. Il y a fait ses études, comme le prouvent ses bulletins scolaires du lycée François Arago, avant d’obtenir ses diplômes et une activité professionnelle. Il fonde un foyer et devient père de trois enfants, dont un garçon, tous nés en France. Une assiduité qui lui assurera automatiquement un séjour légal dans l’Hexagone. Mais ses déboires commencent lorsqu’il est allé rendre visite à l’une de ses filles placée dans un centre d’aide sociale à l’enfance à Sens. Il est arrêté par la police devant cette institution. Après une garde à vue au commissariat de police, il est transféré au centre de rétention de Metz et le 3 juillet 2016, il est mis dans un avion à destination de Douala au Cameroun. «Une expulsion non justifiée, j’étais en règle en France et je n’avais commis aucun délit» confie-t-il. Une reconduite à la frontière qui n’affectera pas sa folle envie d’y retourner. Trois semaines plus tard, il reprend la route en direction de l’Algérie pour atterrir au ghetto de Maghnia en septembre 2016. Mais Dibena n’est pas à sa première expulsion, puisque sur une «bavure», il est expulsé en 2007 de France vers son pays. Il échoue en Algérie en 2008 où il demeure jusqu’en 2010. Il traverse la frontière algéro-marocaine et réussit à s’introduire à Melilla, en Espagne, où il obtient ses papiers de réfugié international, avec le matricule y35937384. Bien entendu, c’est une aubaine pour lui de rentrer en France vivre avec sa petite famille… jusqu’à son arrestation devant le centre d’aide sociale à l’enfance à Sens en 2016. «En tant que réfugié international, je suis ‘‘inexpulsable’’, légalement. Et même si c’était le cas, on m’aurait reconduit à la frontière du pays d’où je venais, c’est-à-dire l’Espagne. Aujourd’hui, je réclame un procès équitable pour recouvrer mes droits. A l’heure qu’il est, je devrais être avec mon épouse et mes enfants en bas âge à Paris, pas sur les rives de Oued maudit» dit-il, avec une colère qui cache mal son malheur. Dibena Kouam a constitué un avocat à Paris : «J’ai espoir d’être rétabli dans mes doits.»

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