jeudi 13 juillet 2017

Balises : Péril en la demeure

Parce qu’on ne les a pas traitées à leur naissance, les grandes questions sociétales explosent aujourd’hui à la figure. Evoluant par elles-mêmes, pesantes d’année en année, elles ont fini par imposer leur propre loi au pays. Impuissants, les pouvoirs publics ont été réduits à les subir, payant le prix de leur incapacité à y faire face au moment où elles se sont posées. Dans un peu plus d’une décennie, l’Algérie sera peuplée de plus de 50 millions d’habitants, ce qui ne semble ni inquiéter ni réjouir. La question démographique s’était pourtant posée dès le début des années 70’ jusqu’à la décennie du terrorisme qui a réduit sensiblement le réflexe nataliste, avant qu’elle ne resurgisse de nouveau dans les années 2000. Les couples avec près d’une dizaine d’enfants, cela était courant, et cette taille familiale ne préoccupait pas, bien qu’il y eut des efforts louables en matière de sensibilisation sur le planning familial et de densification du réseau des PMI. Si l’explication affichée par les dirigeants était de repeupler une Algérie décimée par le colonisateur, leur souci premier en réalité était d’être à la tête d’une nation la plus peuplée possible, donc plus forte. Un peu à l’image de l’Egypte. Or, et cela a été oublié, ce qui fait la force d’une nation, c’est essentiellement la qualité intrinsèque de ses habitants évoluant dans un milieu sain et moderne. A l’image des pays scandinaves. L’autre question est relative à la forte mainmise de l’informel sur l’économie et sur la société algérienne, au point où ni l’un ni l’autre ne peuvent s’en passer. Ce secteur pèserait près de la moitié du PNB, emploierait 4 millions de personnes, sans l’agriculture, et brasserait 50 milliards de dollars. C’est un second Etat algérien, évoluant avec ses propres règles, disposant de réseaux occultes et d’une morale spécifique. S’il fait vivre un grand nombre de citoyens, il les prive en revanche des droits sociaux les plus élémentaires. Certes, il permet à l’économie nationale de tourner, mais il ôte à l’Etat l’essentiel des ressources financières nécessaires à son fonctionnement. L’informel est au service exclusif de réseaux et de maffias, grands et petits, réinvestissant toujours leurs ressources là où ils prospèrent, une partie allant vers un train de vie des plus indécents. Ils n’hésitent pas à faire des incursions dans le secteur formel, mais généralement pour corrompre des fonctionnaires, les neutraliser ou les mettre à leur service. Le problème est que cette «seconde Algérie» a commencé à apparaître dès le lendemain de l’indépendance pour monter en cadence dès le début des années 80’ avec la fin du tout-Etat «prôné par Boumediène», s’installant solidement avec l’ouverture sauvage du marché opérée au début de la décennie 90’. Lorsque l’Etat algérien conduit par Bouteflika a été inondé de pétrodollars, l’informel ne constituait pas pour lui un danger, encore moins une source de revenus pour le Trésor public. Et il avait toujours besoin de ses «vertus» de soupape de sûreté. Mais la douche froide est venue avec l’effondrement des prix des hydrocarbures. Le pouvoir politique constate actuellement, amèrement, non seulement la force de cet informel qu’il a sous-estimé ou aidé à prospérer, mais aussi son refus de se faire hara-kiri et de rejoindre — par quel miracle ? — le circuit officiel. Enfin, autre question sociétale ressurgissant aujourd’hui, le racisme ordinaire, à la faveur de l’afflux de migrants subsahariens dans le pays. Sous tous les régimes, il a été érigé en tabou alors qu’il est profondément ancré au sein de la société. On s’est toujours refusé par la pédagogie et la sensibilisation à apprendre aux jeunes et aussi aux moins jeunes à respecter les couleurs de peau des êtres humains comme leurs appartenances géographiques, leurs ancrages ethniques, culturels et religieux. Même des nationaux sont parfois victimes de ce racisme à multiples visages. Résultat, à diverses occasions, c’est l’explosion de ce racisme : un match de football en défaveur des nationaux ou des locaux, la forte présence de travailleurs chinois dans le pays, l’exode de milliers de Noirs africains fuyant la misère. Comment la jeunesse peut-elle en guérir dès lors que ce sont les dirigeants politiques eux-mêmes qui s’en emparent ? Le chef de cabinet du président de la République s’est illustré tout dernièrement par des propos racistes de bas étage sur la présence de Subsahariens dans notre pays et l’ancien Premier ministre a failli enflammer les Aurès lorsqu’il a versé, à travers un humour douteux, dans cette voie. Racisme vis-à-vis de l’étranger ou des nationaux, sous toutes ses formes, très souvent subtil, il y a péril en la demeure.

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