dimanche 23 juillet 2017

Après l’interdiction d’une 8e conférence : Violentes émeutes à Aokas

De violentes émeutes ont éclaté, hier après-midi au centre-ville d’Aokas, à 25 km de Béjaïa, après l’empêchement brutal d’une huitième conférence, prévue par le Café littéraire d’Aokas, qu’organise l’association Azday Adelsan n Weqas, avec l’éditeur et linguiste Ramdane Achab, autour du thème de l’édition du livre amazigh, a-t-on constaté sur place. Les émeutes ont opposé des dizaines de jeunes qui lançaient des pierres et les forces antiémeute, déployées en nombre, qui ripostaient à coups de bombes lacrymogènes. On déplore plusieurs blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre, apprend-on sur les lieux. Les émeutes ont éclaté peu après le début de la conférence, lorsque des CRS se sont introduits dans le centre culturel de la ville pour évacuer l’assistance manu militari, brisant le mur humain dressé par les manifestants. A l’intérieur, Ramdane Achab avait commencé sa conférence face à un auditoire assis à même le sol. «Des CRS se sont introduits à l’intérieur et ont commencé à casser les vitres et à insulter tout le monde. Ils se sont aussi jetés sur une personne qu’ils ont rouée de coups et ils ont fait sortir tout le monde violemment», témoigne Moussa Naït Amara. Le caricaturiste Ghilas Ainouche, qui était présent à la conférence, nous a contacté par téléphone juste après cette incursion des forces antiémeute pour nous dire qu’il a été «particulièrement ciblé» par des CRS. «Les CRS ont évacué tout le monde, il ne restait pratiquement que moi. Au moins quatre d’entre eux se sont jetés sur moi et l’un d’eux disait à ses collègues, en proférant des insultes, de se jeter sur moi. Après m’avoir roué de coups, on m’a relâché en me disant que je pouvais partir maintenant.» A noter qu’avant que la situation ne dégénère, une marche a été organisée hier du siège de la poste d’Aokas en direction du centre culturel, en passant par le siège de la daïra. Les manifestants ont scandé des mots d’ordre dénonçant les atteintes aux libertés et en brandissant des banderoles et pancartes dont celle appelant : «Libérez la culture à Aokas». Pacifique, la marche avait pour but de dénoncer «la répression» et les interdictions répétitives de conférences et les différentes atteintes à la liberté d’expression et d’organisation. Parmi les manifestants, des députés, à l’instar de Khaled Tazaghart du Front de l’avenir, Braham Bennadji et Nora Ouali du RCD, des membres du Café littéraire de Béjaïa, des militants du PST, RCD, MAK, des militants de divers horizons et des acteurs du mouvement associatif venus apporter leur solidarité au Café littéraire d’Aokas et à l’association Azday. Cette mobilisation avait également pour but d’imposer la conférence qui n’a pas été autorisée par la cheffe de daïra. Depuis le début de l’année en cours, aucune notification d’interdiction n’a été donnée à l’association en question qui a décidé, cette fois-ci, de faire fi de l’interdiction. Jusqu’à la fin de la journée, les émeutes n’ont pas cessé et se sont déplacées vers le commissariat de police alors que la RN9, très fréquentée en cette période estivale, a été fermée à la circulation.  

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