jeudi 20 juillet 2017

Ali Haddad, Réda Kouninef et les chinois…

Le Premier ministre n’a pas tout dit à propos du projet du méga-port d’El Hamdania, à Cherchell. Il ordonne sa libération de «l’emprise»… De qui ? Ali Haddad, Réda Kouninef ou les Chinois ? La réalisation du grand port commercial d’El Hamdania, à Cherchell, était pour l’ex-Premier ministre, ce qu’est la réalisation de la Grande Mosquée pour le Président. L’enveloppe de quelque 3,3 milliards de dollars était suffisante pour permettre à ce port de rivaliser avec celui de Tanger au Maroc, disaient les responsables et de devenir un pôle de développement économique de grande importance, surtout après son raccordement aux réseaux ferroviaires et autoroutiers. Lors d’un Conseil des ministres, tenu en décembre 2015, «le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a chargé le gouvernement de réaliser ce projet dans le cadre d’un partenariat associant, selon la règle des 51/49, des entreprises algériennes publiques et privées et un partenaire étranger de renom, capable de contribuer au financement de cette réalisation et à sa gestion future», était-il souligné dans un communiqué de la Présidence. Deux entreprises, bien connues en Algérie, CSCEC (Chian State Construction Corporation) et CHEC (China Harbour Engineering Company), se mettent ensemble et proposent de réaliser le projet, avec un financement sur la base d’un crédit à long terme. Selon le protocole d’entente conclu le 17 janvier 2016, la construction de ce méga-port est donc confiée à un consortium de droit algérien, composé du groupe public des services portuaires et des deux entreprises chinoises CSCEC et CHEC. Le délai de réalisation final de cette infrastructure portuaire a été arrêté à sept années. Cependant, au bout de quatre ans, elle doit être progressivement mise en service, pour qu’une troisième société chinoise, Shanghai Ports, entre en scène pour assurer la gestion de ce port en eau profonde, avec 20 mètres de tirant d’eau (hauteur de la partie immergée d’un bateau), doté de 23 quais pour une capacité de 25,7 millions de tonnes de marchandises par an, soit juste après celui de Tanger (29 millions de tonnes). Contre toute attente, nous expliquent des sources bien informées, une des deux sociétés chinoises, CHEC, crée la surprise en annonçant son éventuel retrait du projet, vers la fin de 2016, en avançant comme prétexte «des difficultés techniques liées notamment à la nature du site». La société, précisent les mêmes sources, «évoquait également la crainte d’être confrontée à un problème de rentabilité, étant donné les pertes éventuelles qui pourraient être engendrées par les difficultés techniques. Cette sortie inattendue de la CHEC a plus inquiété que surpris le Premier ministre qui avait beaucoup misé sur le projet où, faut-il le préciser, deux grosses pointures du patronat algérien, Ali Haddad et Réda Kouninef, étaient parties prenantes. Haddad s’est proposé de pallier cette situation en faisant appel à une autre compagnie…» Mais, ajoutent nos sources, les choses sont restées en l’état et, au début de l’année en cours, l’Algérie a réussi à sécuriser le financement de 900 millions de dollars auprès de la BAD (Banque africaine de développement), malheureusement les travaux n’ont pu être lancés en mars afin que le premier quai puisse être réceptionné en 2021, comme il est prévu dans le protocole d’accord avec les sociétés chinoises. Du coup, le méga-projet s’est retrouvé bloqué et l’on suspecte «une manœuvre délibérée pour prendre en otage le projet. Raison pour laquelle le Premier ministre a promis, dès son arrivée, devant un parterre de députés fraîchement élus, que le gouvernement ‘‘fera tout pour réaliser’’ le méga-port en ‘‘impliquant les sociétés publiques’’». Dans sa déclaration à l’issue du Conseil interministériel dédié à ce dossier et qu’il a lui-même présidé, Tebboune est plus précis. Il parle de «mise en œuvre des mesures nécessaires à la libéralisation de l’emprise du projet» et appelle au «renforcement de la participation des entreprises publiques nationales dans les différentes phases de sa réalisation, notamment dans les segments où le savoir-faire algérien est  avéré». Visiblement, le régime donne l’impression de se délester progressivement des oligarques qu’il a lui-même enfantés et nourris en leur livrant, sur un plateau d’argent, tous les domaines d’activité économique pour pomper les richesses. L’exemple de la réalisation du méga-port d’El Hamdania n’est pas isolé. Une longue liste de projets sont à l’abandon, ou accusent des retards inacceptables en raison de l’interférence suspicieuse d’oligarques qui ont construit leurs empires financiers en gravitant autour du sérail.

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