dimanche 23 juillet 2017

Ali Haddad et les autres…

La déclaration du ministre de la Justice et garde des Sceaux, Tayeb Louh, rappelant, jeudi dernier, aux juges leur «obligation de s’autosaisir et d’entamer des poursuites judiciaires dans les cas d’atteinte aux terres agricoles», n’est en réalité qu’une incitation, pour ne pas dire une injonction, destinée aux magistrats instructeurs. A partir d’Oran, Tayeb Louh a toutefois précisé que «la justice n’est qu’un maillon de la chaîne de lutte  contre la corruption et contre tous les autres crimes liés à la dilapidation des deniers publics qui nécessitent l’intervention des parties concernées». Une telle sortie n’est pas fortuite. Des sources bien informées parlent «d’un retour de manivelle en haut lieu, de décisions importantes et de rééquilibrage dans les relations avec les lobbys qui gravitent autour du cercle présidentiel, notamment les hommes d’affaires affiliés au FCE….». Et d’expliquer : «Cela a commencé bien avant les législatives, dont les résultats ont accéléré le processus. La théorie du complot au centre duquel se trouvait l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, est une réalité et certains membres du FCE y ont joué un rôle. Pas tous, bien sûr. Ils sont un peu plus d’une dizaine, à leur tête le président, à ne pas avoir su séparer le politique de l’argent. Ils ont profité de leur position de proximité avec le cercle présidentiel, qui les a mis sur rails, pour bénéficier de crédits colossaux, sous couvert d’investissements, pour acquérir des biens personnels, surtout à l’étranger. Depuis plus de 5 ans, ils n’ont pas remboursé le 1/10e de ce qu’ils ont pris. Certaines banques publiques risquent de mettre les clés sous le paillasson si jamais elles ne récupèrent pas leur argent durant le 1er semestre 2018. Pour le cercle présidentiel, ces hommes d’affaires ont franchi la ligne rouge. Il fallait les éjecter du système...». La décision, notent nos interlocuteurs, n’était pas difficile à prendre. «Elle a même été accélérée par les résultats du scrutin du 4 mai, qui marquaient un tournant assez grave en raison du taux d’abstention et de bulletins blancs des corps constitués. C’est une réponse politique qui dénote du sentiment  de rejet. Le remplacement de Sellal par Abdelmadjid Tebboune, le débarquement de nombreux ministres très controversés a sonné le glas pour le lobby financier qui entourait le cercle présidentiel. Une réunion restreinte a regroupé le Président, avec, entre autres, le tout nouveau Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, le ministre de la Justice, Tayeb Louh, celui de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, et le chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, le général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, où des directives ont été données pour se démarquer des hommes d’affaires du FCE, impliqués dans le complot et l’enrichissement illicite, à commencer par le président, Ali Haddad, qui a multiplié les propriétés, dont la dernière serait une banque acquise en Espagne, alors qu’il peine à rembourser les nombreux crédits accumulés ces dernières années auprès des banques publiques...», révèlent encore nos interlocuteurs. Pour eux, le Premier ministre agit au nom du Président. «Dans sa feuille de route, il est question d’éjecter ces hommes d’affaires présents dans de nombreux marchés publics des secteurs du BTPH, de l’agriculture, de l’hydraulique et autres. La majorité de ces projets n’ont pas vu le jour ou accusent des retards de plusieurs années, causant des préjudices financiers énormes. La rupture entre le cercle présidentiel et ces hommes d’affaires est consommée et  Tebboune a été chargé de l’exécuter sur le terrain. Il a commencé par se démarquer de ce lobby, en évitant tout contact public avec lui, et en passant au peigne fin tous les contrats de partenariat (public-privé) et les marchés dont il a bénéficié»,  soulignent nos interlocuteurs, précisant plus loin : «Lors de l’inauguration du siège de l’Ecole supérieure de la sécurité sociale, Ali Haddad n’a pas été chassé, mais plutôt invité à ne pas être dans le 1er cercle du comité d’accueil. Ce qu’il a refusé. Il a préféré quitter les lieux. Le problème n’est pas avec le FCE en tant qu’organisation, mais avec un peu plus d’une dizaine de ses membres qui ont mis à mal les banques publiques pour ériger des fortunes à l’étranger. Il est certain que les enquêtes actuellement en cours risquent d’aboutir à des décisions assez lourdes. En exhortant les juges à s’autosaisir des affaires d’empiétement sur les terres agricoles, le ministre de la Justice a tout simplement donné le feu vert pour aller là où il faut enquêter, parce que,  faut-il le préciser, tout le monde sait d’où Haddad et ses compagnons du FCE se sont servis et comment ils ont étés aidés pour entrer par effraction dans des marchés de milliards de dollars, alors qu’ils n’ont même pas l’expertise, puisqu’à chaque fois ils sous-traitent avec des sociétés étrangères. Les exemples sont nombreux. Certains projets, comme le stade de Tizi Ouzou, le nouvel aéroport d’Alger, le méga-port d’El Hamdania, la longue liste de tronçons d’autoroute, comme la pénétrante de Béjaïa, ou encore El Eulma-port de Djendjen, etc. sont la parfaite illustration de l’échec et de la dilapidation des deniers publics….». Mais, peut-on croire à cette «ligne de démarcation», aux «enquêtes» ouvertes sur les richesses de ces «suspicieux» hommes d’affaires sachant que ces derniers sont la création même du cercle présidentiel, qui en a fait ses interlocuteurs, au point de les substituer aux institutions de l’Etat ? En effet, n’a-t-on pas vu Ali Haddad et les membres de son bureau sillonner le pays pour ouvrir des antennes dans les 48 wilayas, recevoir des ambassadeurs de pays étrangers et faire partie à chaque occasion des visites à l’étranger de l’ex-Premier ministre ?

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