mardi 16 mai 2017

Repère : Le grand écart de Derbal

La courte expérience «réussie» de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE) a démontré «la nécessité de revoir tout le processus électoral sous tous ses aspects, à commencer par le code électoral, les décrets réglementaires et la définition des prérogatives de chacun des intervenants aussi bien au niveau central que local, afin que chacune des parties assume ses responsabilités loin de tout arbitraire ou violation de la loi». C’est ce qu’a trouvé de mieux comme justificatif le président de la HIISE, Abdelawahab Derbal, pour répondre à ceux qui ont dénoncé la fraude qui a caractérisé les élections législatives du 4 mai dernier. «Il faut, selon lui, réformer totalement le régime électoral.» Rien que ça ! Ce n’est pourtant pas ce qu’il disait il y a un mois. Lors d’un forum de la Radio nationale, cet ancien du parti islamiste Ennahda converti dans les rouages du pouvoir, ministre, puis conseiller à la présidence de la République après un bref passage par le circuit diplomatique, ne pensait pas moins que le contraire. Il affirmait à qui voulait l’entendre que la Constitution a mis en place des artifices suffisants pour lutter et sévir contre la fraude et ceux qui tentent de recourir au trucage des élections législatives. Abdelwahab Derbal qui demandait aux membres de son instance ayant, faut-il rappeler, le bénéfice de la permanence de leur fonction, de «lutter sans vergogne contre les velléités de fraude». Il considérait alors qu’«il y a la loi qui détermine les responsabilités de tout un chacun». Inconfortable est aujourd’hui la position du président de l’HIISE, embourbé, à l’insu de son plein gré, dans l’engrenage impitoyable de la machine politico-administrative du pouvoir et de ses velléités de triche. Pour avoir accepté une telle mission qui s’est avérée impossible, M. Derbal aurait dû faire un aveu d’échec au milieu d’une large contestation des partis qui ont participé aux élections au lieu de le transformer en «expérience réussie», et se permettre de justifier une chose par son contraire. Comment peut-on ainsi passer, en un mois seulement, de la conviction inébranlable que la nouvelle Constitution pouvait garantir le déroulement d’une élection libre et propre à la conclusion que finalement le régime électoral comportait plusieurs failles et avait besoin de subir «une réforme totale» ? Il faut vraiment aller chercher un tel argumentaire pour «couvrir» l’incapacité de son instance à surveiller réellement le processus électoral et empêcher les fraudeurs de sévir. Ne le savait-il pas ? La fraude est un sport national — à la Naegelen — et la commission qu’il préside n’était, en réalité, destinée qu’à servir de caution et de faire-valoir à une opération dont une large opinion appréhendait déjà l’issue. Abdelwahab Derbal a risqué une difficile contorsion intellectuelle pour oser un tel grand écart. Mais il l’a fait. Devant une aussi importante contestation des conditions dans lesquelles ont été tenues les élections législatives, il a finalement donné la preuve que son Instance était inopérante et inefficace et a conforté ceux qui posaient la condition de la mise en place d’une commission indépendante de surveillance des élections comme préalable à la participation au processus électoral.

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