samedi 13 mai 2017

Projets Ansej : Entre espoir et rêves brisés

Etre à la tête d’une entreprise, monter des projets de création, de production, de services… Lancer son affaire et la voir prospérer. Certains le font. D’autres n’osent même pas y croire, faute de moyens. C’est ce que le dispositif de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej) — créée en 1996, période difficile de l’ajustement structurel des années 1990 — promet à de nombreux jeunes au chômage. Depuis sa création, 367 980 projets financés auraient permis la création de près de 900 000 emplois (au démarrage). Plus de 20 ans après sa création, l’heure est au bilan pour l’Agence. Etre à la tête d’une entreprise, monter des projets de création, de production, de services… Lancer son affaire et la voir prospérer. Certains le font. D’autres n’osent même pas y croire, faute de moyens. C’est ce que le dispositif de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej) — créée en 1996, période difficile de l’ajustement structurel des années 1990 — promet à de nombreux jeunes au chômage. Depuis son lancement, 367 980 projets financés auraient permis la création de près de 900 000 emplois (au démarrage). Plus de 20 ans après, l’heure est au bilan pour l’Ansej. Faire revivre l’histoire et mettre en scène ses plus belles épopées. Raconter l’unification de la Numidie sous le règne de Massinissa, l’invasion vandale, l’apogée de l’empire byzantin, la conquête musulmane, l’arrivée des Andalous et des Morisques, la période ottomane, puis la colonisation française jusqu’à l’indépendance. Le tout, en dessins animés. C’est ce que l’entreprise El Bouraq, société de production audiovisuelle spécialisée dans les dessins animés, créée en 2005, a réussi à accomplir. 52 épisodes projetés sur la télévision algérienne il y a quelques mois. «Les programmes pour enfants sont délaissés en Algérie. Cela n’a pas été simple. Je n’aurais pas pu le faire sans le financement de l’Ansej», reconnaît Tayeb Cherif Seddik, ancien salarié de la Fonction publique qui a osé tout plaquer pour lancer son propre business. En 2005, après de longues procédures, il a bénéficié d’un prêt de 8 millions de dinars qui a permis la création des studios El Bouraq. «Aujourd’hui, mon crédit est remboursé à 80%. Nous faisons face actuellement à une crise qui n’épargne aucun secteur, mais nous nous sommes imposés comme leader sur le marché des dessins animés», nous dira-t-il. Douze ans après son lancement, l’entreprise cumule 80 heures de dessins animés, soit près de 85% de la production nationale. Un cas de réussite qui a de quoi faire rêver plus d’un. Etre à la tête d’une entreprise, monter des projets de création, de production ou de services. Lancer son affaire. Créer sa boîte. Certains le font. D’autres n’osent même pas y croire, faute de moyens. C’est ce que le dispositif Ansej — créé en 1996, période difficile de l’ajustement structurel des années1990 — promet à de nombreux jeunes au chômage. A la tête de 500 employés Abdelmalek Boussekine, ingénieur en génie civil, lui aussi quarantenaire, a également pu se lancer grâce à l’Ansej il y a déjà 17 ans. Il a créé une entreprise de bâtiment et travaux publics en 2000 à Constantine, sa ville natale. «C’est une question d’opportunité et j’ai saisi celle que l’Ansej m’a offert à l’époque», raconte-t-il. A peine quelques mois après le début de son activité, il décroche son premier marché public : des travaux d’assainissement dans sa commune. A l’époque, il avait seulement quelques employés et tâtonnait à vue. Depuis, il s’est imposé dans le secteur et a raflé plusieurs gros projets dont la construction d’un stade de 500 places réalisé depuis peu. Mieux, il est actuellement en charge de la réalisation de plusieurs programmes de logements sociaux. «En plus de Constantine, nous travaillons dans d’autres villes, comme par exemple à Jijel où nous devons réaliser 1000 logements LPA». Il gère actuellement un peu plus de 500 employés. C’est l’entreprise financée par l’Ansej qui a créé le plus grand nombre d’emplois. Plus de 20 ans après sa création, 367 980 projets financés auraient permis la création de près de 900 000 emplois (au démarrage). Pour son directeur général, le bilan est largement positif : «20 ans après la création de l’Agence, 55% des projets ont été financés sans solliciter le Trésor public et nous avons un taux de recouvrement de 65%», expliquait-il, y a quelques semaines. Evoquant l’échec de plusieurs projets financés, il s’est voulu rassurant : «Seulement 10% des projets indemnisés par le fonds de garantie représentent les cas d’échec.» Mais derrière ces chiffres impressionnants et les nombreux cas de réussite se cachent bien des défaites. Page Facebook inondée de demandes Si le site de l’Agence explique toutes les démarches à accomplir, pour beaucoup de personnes passer de la théorie à la pratique reste ardu. Les postulants se heurtent à des contraintes administratives très décourageantes. Sur la page Facebook de la direction générale de l’agence, des centaines de commentaires et messages sont publiés chaque jour. Certains pour se plaindre des lourdeurs administratives, d’autres pour contester des refus. D’autres encore pour essayer de comprendre le dispositif. Ohtmane fait partie de ces nombreux internautes qui ont déposé une requête sur le mur de l’Agence : «J’ai déposé une demande de financement à Constantine qui a été acceptée. J’ai emprunté de l’argent pour louer un local. Tous mes papiers sont en règle, mais on vient de m’annoncer que mon dossier a été gelé à Alger. On m’a demandé d’aller à Alger à la direction générale. Je suis venu et j’ai redéposé mon dossier. Vous m’avez demandé de revenir vous voir deux mois plus tard. Je suis revenu et vos agents m’ont demandé d’aller à Constantine pour savoir où en était mon dossier. Ici, à Constantine, on me dit qu’ils n’ont rien reçu. J’attends toujours un retour». Ce message, posté en janvier dernier, est resté sans suite. Contacté sur Facebook, Ohtmane a bien voulu décliner sa véritable identité et faire connaître son histoire. Imbroglio administratif A défaut de permettre le lancement d’une activité lucrative, l’Ansej peut au contraire faire perdre beaucoup d’argent. Othmane, 30 ans, originaire de Constantine, en a fait l’expérience, après avoir déposé une demande de financement via l’antenne locale de l’Ansej en 2012 pour créer une entreprise de location d’engins de travaux publics. «J’ai emprunté 500 000 dinars pour louer un local et boucler mon dossier de demande», raconte-t-il sur un ton désabusé. En 2013, soit une année après le dépôt de son dossier, il obtient un accord favorable. «C’est quand même aberrant de louer un local pour faire passer sa demande, qu’ils mettent une année voire plus pour étudier et valider la demande. Une année durant laquelle tu payes un loyer pour rien», s’énerve-t-il. «Je l’ai mal vécu. Durant toute cette année d’attente je dormais mal parce que j’étais endetté sans être sur de pouvoir avoir le Ok et lancer mon activité», raconte-t-il. Othmane ignorait à cette époque qu’il était loin d’être au bout de ses peines. Puisqu’une fois l’accord favorable obtenu, il devait attendre encore une autre année pour obtenir le prêt de la banque, puis des mois plus tard la validation du cahier de charges. Une seconde année de loyer à payer de sa poche. «J’ai réussi à obtenir un local qui coûte deux fois moins cher pour la seconde année, mais il a fallu encore une fois emprunter puisque j’étais obligé d’être au chômage en attendant le lancement de mon activité.» Durant toute cette période d’attente, il devait très souvent mettre à jour ses factures pro format. Pour Othmane, pris au piège d’un système froid et procédurier, la galère n’a pas encore atteint son paroxysme. En 2015, soit deux années après le début de ses procédures, comble de l’absurde, Othmane est convoqué et sommé de justifier le retard pris dans le lancement de son activité. Othmane n’ayant pas fait d’études supérieures se fait aider pour rédiger une réponse. «Je n’ai pas eu le choix, je me suis fait aider pour rédiger l’historique des démarches et démontrer que le retard était dû aux délais d’attente de l’Agence elle-même.» Gouffre financier Le courrier de justification déposé par Othmane à la direction de l’Agence n’a pas eu d’écho. Il a tout simplement vu son accord favorable annulé. «On me l’a annoncé en janvier, depuis je suis totalement désespéré mais je ne peux m’offrir le luxe d’abandonner, je dois rembourser les dettes contractées pour payer deux années de loyer à vide», confie-t-il. Suite à son insistance, une personne sensible à son histoire a bien voulu se pencher sur son cas, dit-il. «On m’a proposé de tout recommencer depuis le début et de changer d’activité.» Othmane n’a pas hésité. Il a tout repris depuis le début et déposé un nouveau dossier récemment. «Mon dossier passe en commission la semaine prochaine», confie-t-il. Othmane espère. En 2016, quelque 11 000 projets ont été financés par l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes, contre 23 676 en 2015 et 65 812 en 2012. Une baisse significative, qui ne va pas en sa faveur. Actuellement, l’agence accepte de financer 45 projets, en moyenne, par jour. Elle en rejette, chaque jour, deux fois plus.F. B.

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