dimanche 14 mai 2017

«Les familles font l’impasse sur les loisirs»

Le Snapap a rendu publique une étude sur le pouvoir d’achat des Algériens. Comment a-t-elle été élaborée et quelles en sont les conclusions ? Des études sont élaborées depuis 2006 par nos syndicalistes à travers les régions du pays. Tous les trois ans, l’étude est révisée pour suivre l’évolution de la situation. L’étude est menée sur la base des dépenses d’une famille de cinq membres, soit les parents et trois enfants. Le pouvoir d’achat, tel que nous l’avons constaté, s’est sensiblement dégradé. De ce fait, le salaire minimum vital proposé pour qu’un fonctionnaire puisse vivre décemment a presque doublé par rapport à l’année 2006 : de 30 700 DA, on est passé à 72 000 DA. Les membres du collectif ont constaté que les prix des produits de consommation et autres ont augmenté, et fatalement le pouvoir d’achat est laminé. Notre étude démontre que vu la hausse constante des prix, à l’instar de la viande, des légumes secs (lentilles, pois chiches...), des fruits et légumes frais, etc., le fonctionnaire et sa famille ne peuvent plus consommer en quantité suffisante et régulièrement ces produits. La famille d’un fonctionnaire mange un poulet par mois. Pour les soins médicaux, il ne peut prendre qu’un seul de ses enfants pour consultation chez le privé. Les familles font l’impasse sur les loisirs à cause de la cherté de la vie. La crise rendra plus difficile la situation des fonctionnaires dont le pouvoir d’achat risque de baisser encore davantage… Effectivement, les fonctionnaires ne pourront plus subvenir à leurs besoins même en cumulant les boulots. Notre collectif a constaté de fortes disparités d’une région à une autre du pays. Par exemple, au Sud, les fruits et légumes sont 3 fois plus chers qu’au nord du pays. Pour rendre encore plus difficile leur situation, quelque 8 millions de clients de Sonelgaz ont subi des surfacturations, comme l’a démontré une étude réalisée par le Snateg (syndicat autonome des travailleurs de Sonelgaz). L’autre constat concerne les femmes qui subissent la situation de pénurie de denrées comme l’eau, puisque ce sont elles qui sont contraintes d’approvisionner la maisonnée. D’ailleurs, l’année passée, le Snapap a lancé à partir de ce constat une campagne de sensibilisation sur l’eau. Quelles sont les raisons de cette situation ? La situation est voulue par les pouvoirs publics pour que les citoyens ne s’occupent pas de politique. Les fonctionnaires sont considérés comme des indigènes. Quelles sont les propositions du syndicat ? Plus de 80% des travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté. Ils ne peuvent pas subvenir décemment à leurs besoins. Le SNMG de 18 000 DA doit être impérativement augmenté. Des augmentations de salaire ont été appliquées en 2008 pour acheter la paix sociale. Ces augmentations n’ont servi à rien, puisqu’à côté les prix des produits ont augmenté aussi. Signalons que ce ne sont pas tous les travailleurs qui ont bénéficié du salaire minimum, puisqu’il y en a qui continuent à toucher entre 7 à 9000 DA. Leur situation est encore plus difficile que celle de leurs collègues. Nous proposons une révision du statut de la Fonction publique. La dernière révision catastrophique a été menée sans consulter les travailleurs, dont les propositions n’ont pas été retenues dans le texte final. L’avant- projet de code du travail doit aussi être nécessairement révisé par l’Organisation internationale du travail (OIT). D’ailleurs, le département chargé du code du travail au Bureau international (BIT) a adressé des réserves au gouvernement sur certaines mesures, mais je ne sais pas si celles-ci ont été levées, avant l’envoi du texte au Parlement. Nous demandons par ailleurs la révision totale de tous les statuts des corps de la Fonction publique pour permettre aux fonctionnaires une vie digne et décente.

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