jeudi 4 mai 2017

Les Constantinois immunisés contre le vote

Faire mieux qu’en 2012, c’est plus la croix et la bannière pour les candidats en lice à Constantine et l’administration locale. La wilaya est réputée pour être un bastion du boycott, et à vrai dire rien n’a changé en 2017 pour que soit inversée cette tendance. Pis, au lieu d’un événement stimulant, à l’image du discours de Sétif où le président de la République avait prononcé la fameuse phrase «Tab Djenani» à la veille des législatives, la campagne électorale de 2017 et le contexte général ne montrent que des signaux négatifs. En 2012, des observateurs avaient lié l’amélioration du taux de participation local (39,21% contre 25,26% en 2007), à ce discours qui s’est révélé, on le sait, trompeur. Et encore, il s’agit là du taux officiel sur lequel pèsent des suspicions. Donc, à moins d’un miracle, parmi près de 580 000 électeurs recensés à Constantine, il y a fort à parier que la participation sera insignifiante. La campagne insipide menée par les participants n’a pas aidé à réduire l’étendue de l’indifférence, voire la répulsion de la population à l’égard des discours. Ni les partis dits «grosses cylindrées», ni les islamistes, ni encore les démocrates n’ont pu mobiliser les citoyens. Au FLN, et comble du déficit, la liste présentée a bénéficié à peine du Smic syndical de solidarité de la part de sa propre direction de campagne. Même les astuces employées cette fois par l’administration locale, qui a ciblé les jeunes en organisant des concerts de musique, n’ont pas produit l’effet escompté. La distribution d’un quota de logements CNEP-Immo il y a quelques jours participe aussi à cette tentative désespérée de gagner la sympathie des électeurs. Un geste tardif sur lequel on ne peut compter sérieusement pour effacer la dèche et l’injustice de longues années de non-distribution de logements à Constantine et l’abandon par l’Etat de milliers de souscripteurs face à la maffia locale du logement participatif. Sur les réseaux sociaux, les jeunes ont pris du plaisir à tourner en dérision le rendez-vous électoral et ses porte-voix désespérés. Les phénomènes YouTube, Jocker DZ et Anes Tina ont consolidé dans la rue constantinoise la tendance abstentionniste. L’affichage sauvage et l’insalubrité conséquente, ainsi que le business des places de candidatures connu par tous jusqu’au moindre détail ont auparavant alimenté irrémédiablement les positions anti-électorales. Ce à quoi s’ajoute ce sentiment nourri ces dernières années par la population de Constantine de la régression sans précédent de la ville-mère, comme acte prémédité. D’aucuns croient dur comme fer que la wilaya a été «violée» pendant l’événement «Capitale de la culture arabe 2015», saignée par un exécutif incompétent et des assemblées locales démissionnaires. Si les partisans du vote répètent à l’envi et sans trop de conviction l’appel à la participation et les mots d’ordre «pour barrer la route aux corrompus» et autres, il ne s’agit souvent que de militants de partis participationnistes et le premier (et seul) cercle autour des candidats. L’immunisation contre l’acte de voter gagne du terrain et c’est aussi la conséquence du matraquage exercé par les chaînes de télévision proches des cercles du pouvoir qui, cinq années durant, ont montré et démontré la fatuité du bâtiment du boulevard Zighout Youcef. Juste retour de bâton !                      

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