jeudi 4 mai 2017

L’enjeu caduc d’un scrutin

Les quatre élections législatives organisées depuis la reprise du processus électoral ont toutes consacré l’hégémonie des deux partis au pouvoir, le FLN et le RND. Celles d’aujourd’hui ne comportent aucun indicateur pouvant briser cette règle. A l’image d’un système de pouvoir bloqué, la cartographie politique du pays est aussi figée. Depuis la reprise du processus électoral en 1995 avec l’élection présidentielle, les scrutins législatifs successifs n’ont en rien modifié les rapports de forces politiques. Les quatre dernières consultations électorales pour l’élection de l’Assemblée nationale ont toutes consacré alternativement l’hégémonie des deux partis au pouvoir, le FLN et le RND avec de rares réajustements marginaux au gré des conjonctures accordant quelques espaces étroits aux nouveaux «partisans». Les mêmes «majorités» parlementaires sont systématiquement reconduites, confinant les partis d’opposition (démocratiques et islamistes) aux arrière-bans du Parlement. Le scrutin d’aujourd’hui dérogera-t-il cette implacable logique de domination ? Les plus optimistes des observateurs président avec assurance la reconduction de la configuration politique actuelle avec un probable rééquilibrage des forces entre l’ex-parti unique hégémonique et le RND «conquérant» qui détiennent respectivement 221 sièges et 67 sièges dans la législature sortante. Depuis le retour au processus électoral en 1995, la règle en vigueur est celle de «la compétition sans alternance», résume Djamel Zenati. Autour des deux partis du pouvoir s’agrègent deux autres formations qui font partie du dispositif politique du régime de Bouteflika, le MPA de Amara Benyounès et le TAJ de Amar Ghoul. Ejectés du gouvernement, ces deux mouvements politiques n’ont pas rompu avec le soutien. Ils ont redoublé d’enthousiasme dans leur appui à la politique de Bouteflika et surtout excellé dans les attaques contre l’opposition et les partisans du boycott pour espérer un retour en grâce. Cependant, les multiples appels du pied d’un MSP «reconstitué» pour réintégrer la coalition gouvernementale pourraient fausser le calcul de l’ex-«coqueluche» islamiste qui s’est «sauvé» avec le pactole électoral de 2012 pour créer son parti, le TAJ. Abderrezak Makri, qui mise sur une éventuelle poussée électorale, veut se poser en partenaire dans la future coalition gouvernementale. Pressé par sa base sociale, constituée essentiellement d’hommes d’affaires qui a payé les frais d’une opposition amorcée en 2011 à la faveur des révoltes arabes, le MSP est contraint de revoir sa copie et ré-adopter la stratégie d’entrisme. L’autre tendance de la mouvance islamiste, menée par Abdellah Djaballah, elle aussi, a modéré son discours pour s’attirer les faveurs du pouvoir qui reste seul maître du jeu politique. Eclatés, les islamistes s’emploient à la faveur du scrutin d’aujourd’hui à recoller les morceaux pour mener en puissance leurs batailles idéologiques, à défaut de prendre le pouvoir parlementaire. Le courant démocratique progressiste, lui aussi, morcelé aborde ces élections affaibli. Le FFS et le RCD qui peinent à conquérir d’autres territoires électoraux espèrent garder leurs espaces traditionnels. Le nombre réduit de listes de candidatures qu’ils présentent n’est pas pour les propulser. Le Parti des travailleurs (PT) seul parti qui s’assume ouvertement de gauche redoute une «sanction politique» en raison de la guerre qu’il a menée contre le «pouvoir oligarchique». D’évidence, le paysage politique partisan ne va pas connaître un remodelage profond. Les élections législatives d’aujourd’hui vont reconduire l’ordre dominant et confirmer ainsi le statu quo politique du pays. La campagne électorale, qui s’est achevée comme elle a commencé, n’a pas suscité un enthousiasme populaire, elle a renforcé la défiance. L’implication jugée maladroite et caricaturale du Premier ministre dans une campagne peu attractive a eu comme conséquence un écœurement général. L’abstention risque d’atteindre des niveaux record. «Non pas parce que les Algériens ne s’intéressent pas à la politique et à la vie publique, mais parce que le processus électoral, en cours en Algérie, ne remplit plus sa fonction politique qui est celle de dégager de nouvelles majorités politiques, de permettre aux partis d’exercer réellement le pouvoir obtenu par un mandat démocratique», analyse le sociologue Nacer Djabi. Se pose alors cruellement la question du rôle des élections et celui des partis dans une configuration politique qui rend chimérique toute compétition démocratique avec une possibilité d’alternance. A coup de harcèlement politique permanent, l’ancrage des  partis acquis de haute lutte se réduit comme une peau de chagrin. «Des pans entiers de la société ne se reconnaissant plus dans le pouvoir et des institutions politiques, de moins en moins organisés, augurent d’une rupture violente», pressentent acteurs et observateurs politiques. D’élections en élections aux résultats invariables, le pluralisme politique et son corollaire démocratique en sortent considérablement affaiblis et aseptisés. Nombreux sont les acteurs politiques qui constatent qu’au terme d’une expérience post- parti unique, la démocratisation réelle de l’Etat et de la société reste une œuvre inachevée parce que détournée.  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire