jeudi 4 mai 2017

La hantise de l’abstention

Plus de 23 millions d’Algériens sont appelés à élire les nouveaux membres de l’Assemblée populaire nationale (APN) dans une atmosphère marquée par un désintérêt populaire manifeste à l’égard de ce scrutin. C’est dans une ambiance marquée par l’incertitude et la hantise de l’abstention que les élections législatives commencent aujourd’hui à travers le pays. Plus de 23 millions d’Algériens sont appelés à élire les 462 députés pour un mandat de 5 ans. Les trois semaines d’une campagne électorale très timide n’ont pas suscité d’engouement chez les Algériens, au grand dam des autorités qui craignent une désertion massive de ce scrutin, le cinquième depuis la première législature pluraliste de 1997, auquel prennent part, pour la première fois, 11 334 candidats entre indépendants et affiliés à 63 partis politiques. Cette forte participation n’a pu détourner les Algériens de leurs préoccupations majeures liées à l’érosion du pouvoir d’achat et à la flambée des prix des produits de large consommation, en raison du recul des revenus pétroliers. Tous les moyens sont bons pour faire comprendre aux Algériens la nécessité d’aller voter : «La menace qui guette nos frontières», «La main de l’étranger qui veut déstabiliser le pays», «La nécessité de préserver la sécurité du pays» sont autant de slogans qui reviennent chez tous les responsables des partis politiques et les candidats, à quelques exceptions près. Les programmes pour les cinq prochaines années sont quasiment absents des meetings et des conférences, axés plutôt sur les «menaces qui guettent le pays» et la fin «de l’Etat-providence». Des mots qui résonnent fort, mais qui ne reflètent pas les véritables inquiétudes des Algériens, liées plutôt à l’érosion du pouvoir d’achat, au chômage, à la hausse des prix de l’énergie, de l’eau, du carburant, mais aussi des produits de large consommation. Une flambée qui risque d’être plus pesante avec la prochaine loi de finances si les revenus de l’Etat continuent de baisser et si le gouvernement persiste à aller chercher l’argent dans les poches des plus vulnérables. Longtemps absent des écrans, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, s’est mis de la partie pour faire campagne contre les partisans du boycott. Il a sillonné plusieurs wilayas et appelé les Algériens à faire entendre leurs voix. Sa dernière sortie où il a demandé aux femmes d’obliger leurs maris à voter a fait le buzz sur les réseaux sociaux, tout comme l’avait fait quelques jours auparavant la vidéo intitulée «Mansotich» (Je ne saute pas), pour ne pas dire : «Je ne vote pas», diffusée par un jeune internaute. Si, pour les candidats, l’enjeu est de sortir avec une assemblée élue à la majorité et donc suffisamment légitime, pour beaucoup d’Algériens les élections législatives n’apportent pas de réponses à leurs problèmes, mais permettent aux élus d’avoir de gros salaires. C’est l’image caricaturale que renvoie l’Assemblée aux citoyens. Ce qui suscite cette démobilisation généralisée que craignent aussi bien les partis politiques que les autorités, mises quant à elles devant un vrai défi, même si de nombreuses wilayas ont de tout temps enregistré des taux de participation assez élevés. Aujourd’hui, tous les regards, particulièrement ceux de la communauté internationale, seront portés sur le pays qui peine à donner un gage de crédibilité à ses rendez-vous électoraux et à convaincre les Algériens d’aller voter, un acte civique, avant d’être un droit sous d’autres cieux.

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