samedi 20 mai 2017

«Il y a rupture entre le pouvoir et le peuple»

après le séisme politique du 4 mai, les répliques. La proclamation des résultats définitifs  par le Conseil constitutionnel, avant-hier, n’est pas pour clore l’inédite séquence électorale. Bien au contraire. Elle ouvre la voie à la colère des partis d’opposition. Le Parti des travailleurs (PT) qui a réuni son comité central, hier à Zéralda (Alger), pour faire le bilan des élections législatives, parle d’une «rupture» entre le pouvoir et le peuple née du scrutin législatif qui a connu un taux d’abstention très élevé. Prenant la parole devant le « parlement» de son parti et sans prendre de gants, Louisa Hanoune dénonce un pouvoir qui «multiplie les provocations en gonflant le taux de participation et en triturant les résultats des élections législatives». «C’est un pouvoir qui se coupe complètement de la société», assène-t-elle. Visiblement en colère, la secrétaire générale du PT considère que «le verdict du Conseil constitutionnel confirme que le système politique n’a plus de ressorts. Il est dans une fuite en avant». Plus offensive encore, elle estime que le scrutin législatif du 4 mai «est une consécration de la rupture totale dans les relations entre le pouvoir et la société». «L’abstention massive marque un isolement du pouvoir, la majorité des Algériens a exprimé une défiance. Il se coupe de la branche sur laquelle est assis, il n’est plus en mesure de corriger quoi que ce soit (…)», gronde Louisa Hanoune, qui estime que le score obtenu par son parti (11 sièges) est une «sanction politique». Elle juge que le jour du vote, «les Algériens dans leur écrasante majorité ont exprimé un rejet total du système en place. La défiance est totale». La leader du parti de la gauche algérienne va encore plus loin dans la critique du processus électoral en assénant que lors de la journée du 4 mai, «les Algériens ont assisté à autre chose qu’à une élection ; il ne restait au Conseil constitutionnel que à invalider le scrutin». Au grand dam des partis politiques, l’institution que préside Mourad Medelci n’a fait que confirmé les résultats annoncés. Elle n’a pas tenu compte des 25 recours déposés par le Parti des travailleurs qui n’a fait qu’exacerber la colère des militants du PT. Le parti de Louisa Hanoune qui, au lendemain des élections du 4 mai, a dénoncé «un coup de force imposé et l’élection d’une Assemblée nationale porteuse des plus grands dangers pour le pays», avertit contre des risques qui menaceraient les fondements de l’Etat déjà trop fragilisés. Englué dans une crise économique avec ses fâcheuses conséquences sociales, le pays à la faveur des élections législatives a franchi un nouveau pas dans l’incertitude politique. Tous les indicateurs sont au rouge et les capacités d’encadrement politique et social s’amenuisent.   Ce qui fait dire à la secrétaire générale du Parti des travailleurs que la situation actuelle n’est pas sans rappeler celle de l’Egypte à la veille de l’insurrection populaire contre le régime de Moubarak. Mme Hanoune n’exclut pas des révoltes sociales, tant le pays est confronté à des tensions multiples. «Ce que nous avons vécu lors du scrutin électoral est une énième provocation. Des révoltes populaires peuvent intervenir. Faut-il rappeler que les pouvoirs politiques en Tunisie et en Egypte ont fraudé massivement les élections qui se sont tenues dans les deux pays respectifs à la veille des révolutions qui ont secoué ses régimes politiques», met en garde Mme Hanoune. Cette dernière estime que la société s’est saisie de l’occasion des élections pour envoyer un avertissement fort au pouvoir. «Plus de 80% de la société a exprimé une colère sourde, un mécontentement général, une sonnette d’alarme dont le pouvoir ne semble pas saisir la portée», regrette Louisa Hanoune. Pour elle, les prochaines batailles vont être menées non pas dans les institutions mais «au sein des mouvements sociaux, des syndicats qui grondent pour la défense et la préservation des acquis sociaux et démocratiques».  D’évidence, le nouveau-ancien gouvernement, dont les consultations pour sa constitution sont en cours, fera face à une situation économique et sociale des plus préoccupantes. Les comptes publics sous pression, les entreprises nationales et privées en difficulté dont certaines ont déjà commencé à compresser leurs effectifs et les perspectives d’une reprise de la croissance s’éloignent.  En mal de légitimité, le «nouvel» Exécutif aura toutes les difficultés du monde à convaincre. Le fossé qui le sépare de la société ne cesse de se creuser, rendant inopérant toute possibilité de médiation en cas de crise majeure.  

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