jeudi 4 mai 2017

Elections législatives : Le FFS et le RCD à rude épreuve en Kabylie

Après trois semaines de campagne, les partis attendent le verdict des urnes en Kabylie. Mais avant de connaître les résultats du scrutin qui départageront les différentes formations en course à l’APN dans cette région, il se profile déjà un fort taux d’abstention, certainement plus important que lors des précédentes élections. Les partis à fort ancrage dans la région craignent, cependant, de voir l’abstention profiter aux partis du pouvoir, après avoir sur le terrain constaté une désaffection de l’acte électoral. Leur discours de campagne s’est d’ailleurs axé sur, entre autres sujets, la nécessité d’aller voter massivement pour contrecarrer le FLN et le RND qui ont déjà fait une percée lors des dernières législatives, alors que le vote en leur faveur a toujours relevé du domaine du tabou en Kabylie. «Le régime n’a réellement aucun intérêt à ce qu’on vote en masse, car il sait qu’il a une clientèle qui est déterminée à se mobiliser pour voter pour lui. La preuve, au FLN, par exemple, on n’a même pas pris la peine d’organiser des meetings à Béjaïa, à part celui du secrétaire général du parti au TRB. Si nous appelons à un vote massif en notre faveur, c’est pour justement barrer la route aux partis du pouvoir», a déclaré à El Watan Youcef Boukoucha, directeur de campagne du FFS à Béjaïa. Pour rappel, lors du scrutin législatif de 2012, le FLN a obtenu 4 sièges à Tizi Ouzou, 3 à Béjaïa et 6 à Bouira, tandis que le RND en a eu respectivement 3, 2 et 3. Cela démontre que le régime a gagné du terrain en Kabylie. Ce qui est redouté, c’est qu’un fort taux d’abstention lui pave le chemin pour élargir sa base dans la région. «A Bouira, il n’y aurait jamais eu une poussée des partis du pouvoir si les régions kabylophones n’avaient pas choisi de bouder les élections et de brûler les urnes. C’est ce qui va se répéter cette année à mon sens», nous dit un militant politique de Raffour. Au RCD, ce sont les mêmes appréhensions. «Au RCD, nous sommes confiants, nous avons notre électorat. Mais le pouvoir fait tout pour avoir un faible taux de participation parce que lui compte sur sa clientèle et cela le dérange que les gens s’intéressent à la chose politique», estime, pour sa part, Mouloud Deboub, président du bureau régional de Béjaïa du RCD. Le FFS et le RCD, vu leurs positions de choix en Kabylie, ont été parmi les rares formations politiques à avoir touché le plus de citoyens dans la région. Mais il est clair que, cette fois, la sanction populaire sera générale, et pas seulement en Kabylie. «Il y aura certainement un taux de participation inférieur à celui des dernières législatives. Les gens sont hostiles aux discours de promesses. Les jeunes sont plus attirés par le discours sur la nécessité de construire un rapport de force. Il me semble qu’ils ont compris que les élections ne peuvent rien changer», prévoit Kamel Aïssat, tête de liste du PST à Béjaïa. La campagne électorale en Kabylie, timide jusqu’à son dernier jour, a démontré que ce sont tous les partis qui sont mis dans le même sac, même si les responsables des deux formations traditionnelles affirment que les gens arrivent à faire la part des choses. Pour se démarquer du lot, aussi bien le RCD et le FFS disent s’être opposés à l’austérité et aux lois impopulaires votées par les parlementaires qui semblent derrière le rejet des élections. D’un autre côté, la campagne a connu une ambiance autrement plus mouvementée, qui a changé du rythme plat des salles de meeting désertées. Ayant coïncidé avec la célébration du 37e anniversaire du Printemps berbère, elle s’est accompagnée de moments de mobilisation qui sont autant de formes d’expression politique. La forte mobilisation pour les marches du 20 Avril prouve que les idéaux de liberté et de démocratie portés jadis par le MCB sont toujours revendiqués. Le fait que cela soit sous la bannière du MAK renseigne, par ailleurs, sur une mutation organique du corps politique en Kabylie et signe que les gens cherchent à s’organiser autrement. Entre-temps, il y a eu aussi les imposantes marches de l’Intersyndicale, avant le début de la campagne à Tizi Ouzou, puis le 1er mai, à Béjaïa. Le mouvement prône un Etat social et se dresse contre l’austérité et l’appauvrissement des couches laborieuses par le gouvernement. Les mots d’ordre du mouvement séduisent et la Kabylie lui ouvre grandement les bras. C’est dire que la population en Kabylie a toujours de l’énergie politique à revendre. Si la «dépolitiser» pour mieux la contrôler est le projet du pouvoir, celui-ci devrait revoir ses calculs.  

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