mardi 18 avril 2017

Tlemcen : Désabusés, les jeunes des frontières tournent le dos aux urnes

Beaucoup de jeunes militants ont cru aux promesses des grands partis politiques, notamment le Front de libération nationale (FLN) au pouvoir et le Rassemblement national pour la démocratie (RND). Ces derniers s’étaient engagés à leur faire une place sur leurs listes de candidatures aux élections législatives du 4 mai prochain. Le 5 mars dernier au soir, lorsque les listes des candidats ont été publiées, l’opinion publique a d’abord été sidérée en constatant que la plupart de ces listes comportaient les noms de ministres en exercice, d’anciens députés, de chefs d’entreprise… et de proches de hauts responsables de l’Etat. «Je leur tire mon chapeau, ils nous ont bernés en nous faisant croire qu’ils allaient nous donner notre chance. Leur slogan ‘‘Rajeunir le Parlement et impliquer les jeunes dans les institutions étatiques’’ s’est avéré, en fin de compte, un gros mensonge pour nous endormir. C’est bête, car maintenant on sait à qui on a affaire et ils n’ont qu’à constituer leur Assemblée populaire nationale (Parlement) tout seuls. Qu’ils fassent leur campagne et aillent voter. Nous ne nous sentons pas concernés par cette mascarade», rugit Ahmed Bendali, jeune enseignant de sciences naturelles dans un collège à Tlemcen. «Sans rougir, le FLN a placé des ministres en tête de ses listes de candidatures dans différentes grandes villes du pays, à l’image de Abdelmalek Boudiaf, ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Tayeb Zitouni, ministre des Moudjahidine (anciens combattants), Abdelkader Ouali, ministre des Ressources en eau et Environnement, Abdeslam Chelghoum (Agriculture, Développement rural et Pêche), Boudjema Talai (Travaux publics et Transports), Tahar Hadjar (Enseignement supérieur et Recherche scientifique)», révèle, avec colère, le mouhafed d’une région frontalière. «Crédule que j’étais, j’attendais mon nom sur notre liste, une ambition logique, étant militant de longue date et croyant aux ‘‘principes’’ de notre formation politique qui, cette fois, devait donner la primauté aux jeunes cadres du FLN, surtout les diplômés. La réalité est effarante : on a privilégié des étrangers au parti dont le seul atout est leur accointance avec nos responsables ou leur argent. C’est tout simplement honteux et je me considère démissionnaire dès cet instant !» tance un jeune militant. Même les autres partis, considérés comme satellitaires du régime, ont eu leurs lots de dénigrements. Omar, architecte, 42 ans, désabusé nous dit: «Croyant à un renouveau, j’ai choisi un parti qui m’a en fin de compte déçu. Lui aussi a épousé les pratiques des formations du pouvoir. Lui aussi, il a opté pour des candidats qui ont davantage dans la poche qu’un curriculum vitae politique.» Comme pour répondre au mécontentement de Omar, Abdelkader S., coordinateur local du parti dans une ville de la wilaya, reconnaît sans gêne, à la limite du cynisme : «Nous n’avons pas forcément puisé dans notre base militante, nous avons sollicité des personnalités, quelle que soit leur nature, même si elles ne sont pas militantes, sympathisantes de notre parti ou ne pigeant rien à la politique. Le critère, c’est leur aisance matérielle.» Mohamed Benhamou, président du parti El Karama, a «pêché» dans la base mécontente des autres partis. Une stratégie, pense-t-il, qui poussera «ces militants marginalisés et dupés à voter contre leurs formations politiques». M. Benhamou, ancien député d’un autre parti avant de fonder le sien, ne mise pas nécessairement sur la jeunesse : «Le Parlement, c’est pour les gens aguerris, d’un certain âge. Les jeunes doivent commencer par les élections locales et briguer des mandats dans les mairies et les Assemblées populaires de wilaya. Ils doivent faire de l’apprentissage pour être de futurs députés. Mais, dans tout cela, nous n’avons pas omis la nouvelle génération.» Le sociologue Djamel Bensouna estime que «tous les partis en lice sont pro-pouvoir. Il n’y a pas d’opposition en Algérie, si l’on excepte quelques organes de presse. Et par conséquent, le régime ne fait confiance qu’à ses dévoués… pour se perpétuer et régner autant que possible, du moins jusqu’en 2019». Se sentant marginalisés et désabusés, les jeunes s’éloignent de plus en plus des isoloirs…

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