jeudi 13 avril 2017

Sid Ahmed Ferroukhi. Tête de liste FLN à Alger : «Le FLN n’a pas assez renouvelé son lien avec les couches populaires»

Il est l’attraction de ces élections, car sa désignation en a surpris plus d’un. Pour sa première campagne électorale, la tête de liste FLN déroule son programme et ses projets pour Alger et peut-être aussi pour… le pays, même s’il s’en défend. - Vous avez décidé de mener une campagne de proximité en allant à la rencontre des Algérois. quelles sont vos premières impressions de campagne ? Cela se passe très bien. On a lancé notre campagne à partir des quartiers populaires, car j’estime que, par son histoire, le FLN est un parti populaire… - Vous trouvez que le FLN s’est coupé des couches populaires ? Je pense qu’il n’a pas assez renouvelé son lien avec elles, mais également avec un certain nombre d’autres catégories sociales, comme les jeunes, qui n’ont plus automatiquement ce lien avec le parti. Lors de ma visite à Bab El Oued pour ma première journée de campagne, j’ai remarqué que les jeunes de ce quartier populaire et symbolique n’ont plus cet attachement automatique au parti, comme cela était le cas avec leurs aînés. - Comment recréer ce lien perdu avec la jeunesse ? Il faut être à son écoute et décrypter ses aspirations, mais en utilisant des clés modernes et non plus historiques. Bien sûr il y a les valeurs de l’histoire qui sont des références, mais cette jeunesse à des attentes spécifiques, un langage, des codes qui lui sont propres et qu’il faut comprendre en l’intégrant à notre démarche. Il faut voir ces jeunes tels qu’ils sont. - La génération au pouvoir n’arrive plus à comprendre sa jeunesse ? Je pense que les réformes lancées par le président de la République sont une bonne solution et vont dans le bon sens. Donner plus de pouvoir à l’opposition, la création d’un conseil national de la jeunesse et donner plus de droit aux femmes sont des réformes essentielles. Il reste cependant à régler la question de la mise en œuvre des pratiques pour qu’elles soient au niveau de la qualité de ses réformes. Nous savons que l’apprentissage prendra du temps, car il faudra vaincre les résistances. Le plus important c’est de ne pas baisser les bras, et ne pas faire les choses à moitié, en pointillé… C’est pour cela qu’il me paraît important de réintégrer la majorité de la population dans une dynamique collective. - Comment ramener les Algériens vers la politique ? Par la crédibilité et la confiance, mais également par la stabilité, mais sans faire table rase de ce qui existe déjà, car c’est une erreur de penser que nous démarrons avec rien dans les mains. Il y  a beaucoup de choses qui se réalisent. Des Algériens entreprennent, d’autres sont au stade de finalisation de leurs projets… C’est à partir de là qu’il faut construire quelque chose de plus ambitieux et apporter des réponses massives aux attentes et aux besoins de la population. Le challenge est de parvenir à une société qui produit des réponses massives. Alger, par exemple, avec plus de 3 millions d’habitants, est une quasi métropole. Cela nous contraint à avoir un schéma d’infrastructures, un schéma de cohérence, car on est face à des problèmes de flux importants qui exigent des réponses du même calibre. - Quels sont vos objectifs pour ces législatives ? Sur les objectifs politiques, il faut obtenir la confiance des citoyennes et citoyens, pour continuer ce que l’on a mis en place, en faisant les réajustements quand cela est nécessaire. La partie économique me paraît un enjeu très important, alors que nous sommes dans une transition du modèle construit essentiellement sur la richesse des hydrocarbures. Les grandes métropoles mondiales comme Shanghai, New York ou Tokyo, ont construit des économies de services qui leur rapportent plusieurs milliards de dollars, grâce à une politique d’attractivité du territoire. Je pense qu’Alger peut jouer ce rôle là, si on arrive à mobiliser intelligemment toutes ses ressources. Dans un autre registre, je suis convaincu que dans la société, il y a beaucoup de personnes qui pourraient aider les autres. Ce n’est pas de l’idéalisme, car un bon nombre consacrent déjà du temps pour venir en aide à ceux qui en ont besoin… C’est une piste intéressante qu’il faut creuser car elle permettrait de ne plus attendre tout de l’Etat. Quand des Algériens partent à la retraite à 60 ans, après un très beau parcours, je me dis qu’ils pourraient mettre leurs expériences au service des autres, des jeunes… - Avez-vous le soutien du parti et êtes-vous satisfait de la liste des colistiers qui vous accompagnent lors de cette campagne ? Oui, le parti est derrière moi et la liste des colistiers me convient, car elle renferme des cadres du parti, d’anciens ministres qui ont déjà eu à gérer des secteurs et à mener des politiques, mais également des femmes… Ces différents profils sont importants car à l’APN à travers les lois on crée les référents pour les politiques sectorielles et publiques. - Savez-vous pourquoi vous avez été choisi pour mener la campagne FLN à Alger ? Comment voulez-vous que je le sache ? Je fais les choses comme je les ressens, je monte des équipes comme je l’ai toujours fait et de manière très honnête car, pour moi, la politique est aussi une affaire de valeurs. Il est important de faire ce que l’on dit et être celui qu’on prétend être. Les Algériens ont besoin de contact avec ceux qui gouvernent, car plus tu crées de barrières, et plus tu perds le contact. - Comment redonner une crédibilité à l’APN au moment où l’institution est décriée ? Il y a plusieurs manières de le faire. Par exemple, les Algéroises et les Algérois nous reprochent de ne nous intéresser à eux qu’en période d’élection, puis une fois les législatives passées de les laisser tomber. Face à ces reproches justifiées, on s’est engagés à ce que chaque député élu ouvre une permanence pour rester joignable et continuer le travail entamé avec les électeurs qui nous ont soutenus, mais également avec les associations, les comités de quartier qui constituent une richesse importante de la société. La deuxième dimension, et en me basant sur mon expérience de ministre, je suis convaincu que nous devons lier le travail de l’APN avec la société civile. Je ne me vois pas demain, si je suis élu, ne pas travailler avec la société civile, les corporations… On ne peut pas imaginer une société moderne sans que toutes les couches de la société ne soient associées à la fois dans le diagnostique, dans les solutions et dans sa mise en œuvre. On ne peut pas accomplir un travail législatif et réglementaire de qualité si nous n’avons plus de liens avec les réalités. - Cette crédibilité doit passer également par un changement du mode de fonctionnement de l’APN... C’est déjà le cas avec le nouveau règlement intérieur de l’Assemblée populaire nationale. Il y aura plus de droits pour les groupes parlementaires de l’opposition. On a mis fin au nomadisme politique. Le fait que le prochain gouvernement sera issu de la majorité parlementaire, alors que la nouvelle Constitution fait la nuance entre le programme du Président, en tant qu’institution, et celui du gouvernement, devenu comptable devant le Parlement. Cela va assurément améliorer le fonctionnement institutionnel et permettre une meilleure évaluation des politiques publiques, tout en favorisant un débat plus intense. Nous sommes dorénavant dans un équilibre institutionnel qui est plus judicieux pour l’avenir. - Pour vous, la modernité ne doit pas se faire au détriment des valeurs propres à l’Algérie ? Je considère que nos valeurs et référents sont suffisants. Cette modernité, il faut la penser par rapport à nos référents propres. Cela s’applique également à la religion, où là également nous n’avons pas besoin d’aller puiser ailleurs nos référents. - Vous estimez que nous sommes en période de transition ? Oui, le Président l’a annoncé. Elle est voulue, anticipée et je dirai même mécanique. - Comptez-vous jouer un rôle pendant cette transition ? Je ne sais pas. Je ne me projette pas dans le futur et me contenterai de la place qu’on voudra bien m’accorder. Je suis au service de mon pays et de cette dynamique. On l’oublie peut-être, mais cela fait 25 ans que je mouille le maillot. Quand j’ai quitté le gouvernement, j’ai repris l’enseignement, tout en étant chercheur associé dans un centre de recherche. J’aurai été content de continuer à enseigner et à faire de la recherche. A la différence d’autres, je ne suis pas obnubilé par ma position sur l’échiquier politique. - En 2012, Larbi Ould Khelifa, tête de liste à Alger, a été nommé président de l’APN. Vous vous imaginez le même destin ? Etre tête de liste à Alger ne mène pas automatiquement au perchoir, d’autant que je ne suis pas dans cette posture ou ce positionnement. Il y a 20 ans, si on m’avait dit qu’un jour j’occuperai le poste de ministre de la Pêche, puis de l’Agriculture, je n’aurais pas parié sur mon propre parcours. Ce qui m’intéresse, c’est de parvenir à fédérer les énergies autour d’une vision, réaliser et faire aboutir un programme… On oublie qu’avant d’être ministre de la Pêche, j’avais, durant 15 ans, occupé plusieurs fonctions au ministère de l’Agriculture. J’ai été l’un des directeurs les plus impliqués dans le lancement du Programme national de développement agricole (PNDA), qu’on a mis en place à partir d’une feuille blanche, et parvenir au résultat que l’on sait. A l’époque, beaucoup nous prenaient pour des fous. Ils nous assuraient que l’agriculture n’avait plus aucun avenir…

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