mercredi 19 avril 2017

Quand l’IGF dynamitait les Taggarins

L’intervention de l’IGF au niveau de BRC a démarré le 12 février 2006 après sa saisine par lettre du chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, lettre datée du 4 février 2006. «Pour cerner les conditions dans lesquelles ces marchés ont été passés, deux brigades d’inspecteurs des finances ont été dépêchées au niveau de ses deux clients (MDN et Sonatrach)», lit-on dans les rapports fuités dans la presse dès 2007. L’image idyllique de ces Eliot Ness de l’inspection de IGF débarquant au siège du puissant ministère de la Défense et fouinant dans les dossiers et sous-dossiers de l’état-major, du secrétariat général du MDN ne cadre pas avec la réputation de cette direction au ministère des Finances, traitée de naguère comme un vulgaire instrument aux mains du pouvoir. A moins que l’acronyme de l’Inspection en cache en réalité un autre. C’est l’avis du journaliste et militant anti-corruption, Djilali Hadjadj, président de l’AACC (Association algérienne de lutte contre la corruption) pour qui l’IGF a servi de couverture pour les enquêteurs du DRS du général Toufik. «Ne voulant pas prendre pour argent comptant les 1ers rapports du DRS sur BRC, la présidence demandera l’intervention de l’IGF», rappelle le journaliste. «Cette dernière, noyautée par le DRS depuis des lustres, produit un rapport provisoire très accablant non pas sur le recours au gré à gré systématique dont a profité BRC, mais surtout sur les surfacturations inimaginables pratiquées. Ces surfacturations sont tellement grossières et évidentes que l’IGF n’a pas de difficulté à établir les faits. Entre-temps, le DRS — ayant encore à l’époque un statut de police judiciaire avec compétence nationale — transmet ce rapport provisoire à la justice. El Mouradia bloque l’action judiciaire sous prétexte notamment que le rapport de l’IGF n’est pas définitif. Des pressions s’exercent sur le ministre des Finances pour obtenir une révision à décharge du rapport de l’IGF : pressions qui n’aboutiront pas». Invité de l’émission «Forum de l’ENTV» (25 février 2007), Chakib Khelil contestera l’immixtion de l’IGF dans les affaires de BRC qui ne relèverait pas, à ses dires, de son champ d’intervention. L’argument du ministre est d’ordre juridique : «BRC est une société de droit privé. De par ce statut, l’IGF n’avait pas les prérogatives de contrôle sur la société : la Cour des comptes peut le faire. (…)». Impliqué directement par le rapport de l’IGF sans être cité nommément (à travers les dérogations signées par le PDG de Sonatrach pour l’octroi de marchés de gré à gré à BRC en violation des dispositions du code des marchés publics), Khelil (PDG par intérim de Sonatrach de mai 2001 à mai 2003) regrettera, lors de ce show télévisé, l’attitude de l’IGF. «L’IGF n’avait pas le droit de contrôle, elle a enquêté et nous n’avons pas dit qu’il fallait qu’elle enquête», se défendait-il. «Je n’ai pas vu le rapport (de l’IGF), avait-il précisé. Les seules informations que j’ai sont celles publiées, avec ma photo, dans le Jeune Afrique intelligent. Tout le monde semble informé, sauf moi.» Bancal ou d’aplomb, l’argument de Chakib Khelil a-t-il été pour quelque prétexte dans l’enterrement judiciaire de cette affaire ? Pour cette célèbre avocate, habituée des affaires sensibles, le procureur général avait toute latitude pour régulariser le dossier en ordonnant une enquête pour vérifier la véracité des accusations portées dans les rapports de l’IGF.  

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