lundi 17 avril 2017

Lorsque les luttes de leadership menacent l’intérêt des enfants abandonnés

Un traumatisme que les bébés et leurs berceuses ne sont pas près d’oublier. A l’origine, une simple lettre anonyme sur un pseudo- trafic a poussé les autorités à une décision extrême qui fait craindre le pire aux berceuses de la pouponnière de Hadjout qui ne perçoivent que des tranches de salaire depuis des mois. Un gâchis engendré par le conflit interne qui paralyse l’association algérienne «Enfance et famille d’accueil bénévole» en charge de la gestion de ces deux pouponnières pour lesquelles Tami Tidafi s’est tellement engagé pour les mettre à disposition des enfants abandonnés.… Les pleurs des nouveau-nés et le son des berceuses ne résonnent plus depuis plusieurs mois à la pouponnière de Palm Beach, située à l’ouest de la capitale. Depuis des mois, les autorités ont décidé d’évacuer les 18 nourrissons qui y étaient pris en charge vers d’autres structures d’accueil et de fermer tout simplement les lieux qui, depuis 20 ans, étaient pleins de vie. A quelques kilomètres, le spectre d’une telle décision pèse lourdement sur les pensionnaires de Dar El Kheir, une autre pouponnière créée par le défunt Tami Tidafi, qui avait fondé en 1985 l’AAEFAB (Association algérienne enfance et famille d’accueil bénévole) pour la dédier exclusivement aux enfants abandonnés et à leur épanouissement et à laquelle la gestion des deux centres (Palm Beach et Hadjout) a été confiée. Une simple lettre anonyme évoquant un pseudo-trafic d’enfants a suffi pour mettre un coup d’arrêt à une expérience de plus de 28 ans dans le domaine de la prise en charge de l’enfance abandonnée, que feu Tidafi avait lancée en 1989 à travers son association. Avec ses berceuses professionnelles, honorées par de nombreuses instances nationales et internationales, la pouponnière de Palm Beach suscitait l’intérêt et l’admiration des plus avertis. En 27 ans d’activité, les deux pouponnières ont pris en charge quelque 1300 nouveau-nés, dont 400 ont été repris par leurs mères biologiques, qui avaient trouvé écoute et assistance auprès de l’association, alors que 900 autres ont été placés dans des familles d’accueil dans le cadre de la procédure de kafala. L’expérience de l’association dans ce domaine a permis à cette dernière de bénéficier d’un financement étranger pour l’ouverture d’un centre de formation pour berceuses en 1999, qui n’est en réalité que le fruit de son combat pour offrir aux enfants abandonnés une vie meilleure. Cet idéal est aujourd’hui compromis, et tous les efforts consentis en 27 ans d’exercice risquent d’être voués à l’échec. En raison d’une lettre anonyme dénonçant un pseudo-trafic d’enfants à la pouponnière de Palm Beach — écrite certainement par des personnes malintentionnées — une enquête policière a été ouverte et la DAS (Direction de l’action sociale d’Alger) a décidé de transférer les nouveau-nés vers les centres d’El Biar et de Rouiba et de laisser un personnel très qualifié dans l’incertitude. Après des mois sans salaire, certaines berceuses ont fini par quitter le centre, d’autres employés pris de colère ont carrément saccagé les lieux et pris quelques objets. «La situation est dramatique. Si ce n’était pas par respect à la mémoire de Tidafi, nous aurions quitté bien avant que les autorités ne décident de fermer le centre à la suite d’une lettre anonyme. Peut-on croire que des gens aussi militants et aussi engagés pour le bien-être des enfants puissent s’adonner à de tels actes immoraux ? Ceux qui ont rédigé la lettre anonyme ont en réalité porté atteinte au bien-être des enfants et à leur santé. Ces derniers ont été transférés dans des conditions traumatisantes. Ils étaient habitués à des berceuses et un personnel qualifié et, d’un coup, ils se retrouvent dans un autre centre sans aucun repère. C’est un véritable traumatisme pour eux», lance, les larmes aux yeux, une des berceuses rencontrées lors de notre visite. Les lieux sont devenus froids, sur lesquels pèse un silence funèbre. Les herbes folles ont poussé partout, laissant transparaître une situation de laisser-aller. A Hadjout, les berceuses sont là, mais elles vivent avec la crainte de subir le même sort que leurs collègues de Palm Beach. Cela fait des mois que leurs salaires sont versés par tranches. N’était l’amour qu’elles ont pour les enfants, elles auraient abandonné ce métier dans lequel elles excellent et qu’elles aiment tant. Les plus fidèles des donateurs continuent à assurer la disponibilité du lait et des couches, alors que l’association peine à garantir les fonds nécessaires pour assurer une prise en charge de la vingtaine d’enfants qui vivent à Dar El Kheir. Sa trésorerie, qui habituellement était créditée par des donateurs, les subventions de l’Etat et les cotisations des adhérents et membres fondateurs, s’est sensiblement érodée en raison du conflit organique qui a paralysé son fonctionnement et provoqué le blocage de ses comptes et de ses instances. Du coup, ce sont les salaires de 58 berceuses, deux directrices, un médecin et un psychologue, restés depuis 27 ans au chevet des enfants des deux pouponnières, qui se retrouvent ainsi compromis. Au-delà des divergences que peuvent avoir les responsables des deux bureaux qui se disputent la direction de l’association, l’intérêt des enfants pour lesquels le défunt Tami Tidafi a consacré une partie de sa vie afin qu’ils puissent vivre heureux doit primer sur tout autre considération. Le conflit n’a que trop duré, et au final ce sont les pensionnaires des deux pouponnières qui en pâtissent. Il est vraiment regrettable de voir l’expérience des berceuses pour laquelle Tami Tidafi s’est battu s’évaporer pour des conflits de leadership.  

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