dimanche 16 avril 2017

«Laisser le secteur privé investir seul dans le tourisme»

L’homme d’affaires Djillali Mehri est connu comme étant un infatigable bâtisseur de grands projets, particulièrement dans le secteur hôtelier. Il nous livre dans cet entretien son analyse sur l’évolution de cette activité économique et suggère de laisser le privé investir et que l’Etat concentre ses efforts dans la régulation et la promotion. Monsieur Djillali Mehri, vous venez de procéder à l’ouverture au public de 2 hôtels à Sétif. Dites-nous dans quel cadre les avez-vous réalisés ? Nous avons signé un accord de partenariat en 2005 avec le groupe international AccorHotels pour réaliser et financer ensemble en 10 ans un réseau de 24 hôtels à travers le territoire national, totalisant 3600 chambres pour un investissement de 30 milliards de dinars. Ces deux hôtels de Sétif, qui comptent 240 chambres de standard international, entrent dans le cadre de ce programme. Pouvez-vous nous dire où vous en êtes aujourd’hui dans la réalisation de ce programme ? A ce jour, nous avons ouvert 7 hôtels totalisant 1060 chambres à travers le territoire national : Ibis Alger, Ibis Oran, Ibis Tlemcen, Ibis Constantine, Novotel Constantine et les 2 hôtels de Sétif que nous venons d’ouvrir au public. Nous avons 3 hôtels et une extension d’hôtel de 600 chambres en cours de préparation avancée en vue de leur réalisation : Novotel Alger, Ibis Mostaganem, Ibis Jijel et l’extension d’Ibis Alger. Avec ces réalisations, nous aurons en tout 10 hôtels totalisant 1660 chambres. Cela veut dire que vous avez accusé un retard dans la réalisation de votre programme... Pour quelle raison ? Je peux vous dire que notre partenariat à 50/50 avec le groupe AccorHotel a mis à disposition de Sieha, notre société commune chargée de réaliser notre programme, tous les moyens et en particulier les hommes, l’expertise et le financement. Il ne nous manquait que les assiettes foncières compatibles avec nos projets que nous avons eu beaucoup de mal à obtenir. C’est la seule et unique raison qui justifie ce retard. Par conséquent, nous n’avons réalisé nos hôtels que là où nous avons pu trouver un terrain. Vous réalisez surtout des hôtels de type Ibis 3 étoiles, pourquoi ? Nous avons fait le choix de l’hôtellerie économique de type Ibis pour répondre à la demande du marché : des chambres de standard international à des prix abordables au citoyen algérien, mais aussi des hôtels connus et appréciés des visiteurs étrangers. Parlons maintenant de votre récente intervention, Monsieur Djillali Mehri, appelant les autorités à ne plus confier au secteur public la réalisation d’hôtels et autres installations touristiques pour la confier au seul secteur privé... Pour bien comprendre le sens du message que je viens d’adresser à nos autorités en ma qualité de président de la société Sieha, il est important de faire un rapide rappel historique de l’évolution du marché hôtelier et d’en faire le bilan aujourd’hui pour mieux se projeter dans l’avenir. Depuis une dizaine d’années, l’Etat a encouragé le secteur privé à investir dans l’hôtellerie et le tourisme pour combler le déficit hôtelier de notre pays par l’octroi aux investisseurs d’avantages financiers et parfois par l’attribution d’assiettes foncières relevant du domaine privé de l’Etat. Dans le même temps, les groupes hôteliers publics ont accéléré leur programme de rénovation et de réalisation de nouveaux hôtels haut de gamme. Ceci sans qu’il y ait, me semble-t-il, une planification préalable pour équilibrer l’offre et la demande hôtelières. Bien sûr, on comprend bien les raisons de cette politique volontariste du fait que notre pays a manqué cruellement de capacités hôtelières tant en quantité qu’en qualité depuis notre indépendance. Mais cette évolution récente a engendré un déséquilibre du marché hôtelier, principalement dans les plus grandes villes du pays, un déséquilibre qui a affecté la viabilité et la rentabilité des investissements non seulement privés mais aussi publics. A mon avis, le rôle de l’Etat consiste non seulement à satisfaire les besoins du marché, mais aussi à réguler et pérenniser les investissements consentis. Pouvez-vous nous donner un exemple pour illustrer votre propos ? A Constantine, par exemple, les pouvoirs publics nous ont fortement encouragés à réaliser deux hôtels de 280 chambres, dont un Novotel 4 étoiles — en même temps que d’autres opérateurs privés —, pour répondre à une demande que les deux hôtels vétustes de la ville ne pouvaient plus satisfaire. Immédiatement après l’ouverture de nos deux hôtels, non seulement on rénove et on agrandi les 2 hôtels historiques et vétustes du centre-ville, mais on réalise sur fonds publics un nouvel hôtel haut de gamme de forte capacité. Les conséquences ne se sont pas fait attendre : une chute brutale des taux d’occupation affectant non seulement la rentabilité de l’investissement privé, mais aussi l’investissement public lui-même. Cette même situation se retrouve ailleurs, à Oran, à Tlemcen, où l’excédent de l’offre hôtelière devient préoccupant et où les secteurs public et privé se livrent à une concurrence déloyale. Si le préjudice subi par le secteur public du fait de cette situation peut être géré et accompagné par l’Etat, il n’en est pas de même pour le secteur privé qui risque d’être découragé et mis en situation de difficulté. Si on peut regretter aujourd’hui une telle situation, il convient à l’avenir et dans l’intérêt général d’agir autrement. C’est pour cela que je viens de lancer un appel aux autorités de notre pays pour laisser le privé investir seul dans le secteur du tourisme et de l’hôtellerie nationale, sans crainte de voir le secteur public venir contrarier et mettre en danger la viabilité de ses investissements. D’autant que la conjoncture économique que nous traversons devrait aller dans le sens d’une réduction des dépenses publiques. Quel serait alors le rôle dévolu à l’Etat pour développer et promouvoir le tourisme ? A mon avis, les pouvoirs publics doivent jouer un rôle d’incitation, de régulation et de promotion de l’activité touristique et hôtelière en direction tant du marché local qu’international. Pour cela, ils doivent mettre en œuvre un certain nombre de mesures parmi lesquelles : • le développement du transport aérien aussi bien national qu’international pour nos concitoyens, y compris ceux très nombreux résidant à l’étranger et bien sûr les touristes étrangers ; • l’allégement des procédures de délivrance de visa aux étrangers pour capter une partie de ces 1,2 milliard de touristes (dont 130 millions de Chinois) qui sillonnent le monde chaque année. Le mot de la fin... Au secteur privé de s’occuper du reste. Pour ne citer qu’un seul exemple : la plupart des touristes chinois sont, semble-t-il, pris en charge par leurs entreprises. La Chine est le premier fournisseur de l’Algérie. Sur leurs 130 millions de touristes par an, on pourrait bien recevoir 1% seulement du total. Faites le compte, cela fait 1,3 million de touristes chinois par an ! 

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