mercredi 15 février 2017

Circulation routière : Un plan pour désengorger la capitale

Les autorités de la wilaya d’Alger comptent renforcer les transports en commun dans la capitale. «On est en train de développer les transports collectifs. Améliorer les conditions de circulation sans développer les transports collectifs est un leurre. La congestion actuelle est due à la saturation de l’espace par les véhicules particuliers», tranche le directeur des transports de la wilaya d’Alger, Rachid Ouazene (voir entretien en page 3). La wilaya compte ainsi renforcer les capacités de l’Entreprise de transport urbain et suburbain d’Alger (Etusa) par l’affrètement de bus. Le projet, lancé à l’initiative du wali, préconisait l’acquistion de 300 bus, mais les capacités de la SNVI avec laquelle un accord a été signé se sont avérées insuffisantes. Le wali, M. Zoukh, a décidé de renforcer la flotte de la Régie des transports par l’acquisition de 300 bus. Objectivement, avec les capacités de transport actuelles, l’entreprise publique ne peut pas prendre en charge la desserte de toutes les lignes. Le projet tarde à être concrétisé avec les capacités de production de la SNVI. Avec la nouvelle entreprise installée à Tiaret, les capacités seront renforcées. «On a fait le choix de privilégier l’entreprise publique», explique le directeur. L’ex-Régie avait un partenariat historique, en l’occurrence son fournisseur belge VanHool, dont certains bus bleus continuent de circuler dans la capitale. Mais depuis dix ans, l’opérateur public n’a pas acquis de bus chez la société familiale anversoise pour des raisons économiques et sociales : coût du produit importé de Belgique et décision des autorités de privilégier la société nationale, qui fait travailler 9000 personnes. En attendant le renforcement de la flotte de l’Etusa par de nouvelles acquisitions, la direction des transports a décidé de lancer un appel d’offres pour l’affrètement de bus. Selon M. Ouazene, directeur des transports, la wilaya a donné la possibilité dans le cahier des charges aux petits opérateurs privés de se regrouper et de soumissionner en groupement pour réduire leurs coûts. «Personne n’a soumissionné. Les appels d’offres étaient infructueux», confirme-t-il, faisant remarquer que le wali n’a pas donné d’orientation pour privilégier un opérateur aux dépens de ses autres concurrents. Des syndicalistes ont dénoncé le marché conclu avec le concessionnaire privé, qui risque, s’indigne un syndicaliste, de «phagocyter la RSTA à terme». «On a parlé d’un marché de 1500 bus. Tahkout a les moyens de mettre ce nombre à la disposition de la wilaya. Il se trouve qu’il n’arrive pas à recruter des chauffeurs malgré les salaires qu’il leur offre. Une raison à cela : les horaires. Les chauffeurs de la RSTA payés à 38 000 DA au lieu des 42 000 DA du privé travaillent 6h40 minutes alors que Tahkout les fait travailler toute la journée. D’ailleurs, il a recruté de vieux retraités», signale un syndicaliste qui a requis l’anonymat. A ce jour, quelque 120 bus gérés par Tahkout sont en circulation dans la capitale «et ça évolue chaque semaine», précise le directeur des transports, qui signale que «l’Etusa paye l’opérateur privé qui met à notre disposition ses bus à travers une facture de situation (nombre de bus en fonction)». Un peu moins de 42 millions de personnes ont été transportées sur les lignes du réseau de l’entreprise (statistiques 2009 disponibles sur le site Etusa.dz). Chaque année, plus de 6 millions de kilomètres sont parcourus pour offrir une plus grande mobilité aux habitants et visiteurs de la wilaya d’Alger. L’Etusa assure un service public de nuit également. M. Ouazene s’étonne que l’on critique la décision de «desservir à perte» des lignes. «Même avec une personne, un bus de l’opérateur public doit assurer la desserte. C’est un droit. L’Etusa est compensée par l’Etat, sinon elle ne pourra pas travailler. C’est un transport régulé et régulier. Comment reprocher que des bus circulent à vide alors que le privé circule avec une surcharge ?» s’étonne le directeur des transports. Le BHNS sur l’ALN Avec l’opération d’affrètement, la wilaya compte desservir «toutes» les nouvelles cités d’habitation enclavées dépourvues de lignes de transport, particulièrement à la périphérie de la capitale. La démarche suivie : la wilaya cible une circonscription administrative, recueille les doléances des APC, des walis délégués, des comités de quartier et aboutit à la consolidation d’un plan. «L’Etusa prépare une fiche technique et on la remet aux opérateurs. Dans la localité de Sidi Bennour, à Mahelma, on a mis en service 84 bus, soit plus qu’il n’en faut. En plus, les clients de cette partie de la wilaya se sont rabattus sur le train de la ligne Zéralda-Alger. Dans la circonscription administrative de Dar El Beïda, on a rabattu les clients vers le tramway. Après, on a couvert Rouiba. On va passer maintenant à Baraki et ses différentes communes (Eucalyptus, Sidi Moussa)», détaille M. Ouazene. Nouveauté aussi pour cette partie de la capitale : ouverture d’une ligne ferroviaire. La Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) a mis en circulation des trains sur la nouvelle ligne électrifiée Birtouta-Zéralda. Avec l’ouverture de cette nouvelle ligne, les trains circuleront tous les jours, même les vendredis et jours fériés, entre la gare d’Agha et Zéralda en aller-retour, et ce, de 5h du matin jusqu’à 20h, selon la même source. La ligne Alger-Zéralda desservira quotidiennement treize (13) gares en aller-retour : Agha, les Ateliers, Hussein Dey, Caroubier, El Harrach, Gué de Constantine, Aïn Naâdja, Baba Ali, Birtouta, Tessala El Merdja, Sidi Abdallah, Sidi Abdallah Université et Zéralda. La direction compte réaliser des projets d’ici à la fin de l’année en cours. Elle vise à mettre en circulation le BHNS (Bus à haut niveau de service) qui devra être géré avec le même système que le tramway. «On est en train de mettre en place un partenariat public-privé (PPP). Les négociations sont en cours au niveau du ministère des Transports. On veut commencer par une ligne pilote qui reliera le 2-Mai à l’aéroport pour desservir les Sablettes, la Grande-Mosquée, les Bananiers, Bab Ezzouar et l’aéroport en dernier», signale le directeur des transports. Le BHNS aura un itinéraire intégralement ou partiellement en sites propres. L’étude préliminaire a permis d’avoir 5 propositions : utilisation de la voie de gauche avec une séparation physique (parapet) pour éviter les intersections avec les bretelles et l’utilisation du terre-plein central. «On utilisera soit la voie de gauche, soit le terre-plein central. Nous avons déjà fait l’étude préliminaire du projet, mais c’est l’étude de détail qui va déterminer le modèle à adopter. Quelle que soit la proposition retenue, on utilisera le terre-plein central pour la réalisation des stations. On utilisera les autoponts comme passages et on réalisera des passerelles là où ces dernières sont inexistantes», détaille-t-il. Ce nouveau mode de transport qui utilisera l’autobus ou le trolleybus offre les mêmes capacités de transport que le tramway, mais avec une plus forte fréquence, une amplitude horaire élevée. «On compte concrétiser le projet au courant de l’année 2017», signale M. Ouazene. La wilaya a décidé de poursuivre la livraison des permis de place pour de nouveaux chauffeurs de taxi. 19 000 sont en circulation à Alger, auxquels s’ajoutent des dizaines de sociétés de taxi mises en place dans le cadre de l’Ansej par des opérateurs comme Tahkout. Nouveauté pour ce mode de transport : le wali a décidé de réhabiliter les stations de taxi. «On a identifié plus de 35 stations. On a aménagé une station modèle au niveau de Tafourah (à proximité de l’entrée du port d’Alger). L’opération, validée par le comité d’embellissement de la wilaya, sera généralisée dans les communes», signale le directeur des transports. 

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