samedi 15 octobre 2016

Boumessaoud, un éden au cœur du Djurdjura

La solidarité et la mobilisation des habitants des localités reculées de la wilaya de Tizi Ouzou tendent à s’imposer comme une réelle alternative pour la redynamisation de la protection de l’environnement et l’instauration de l’esprit de l’autogestion dans les villages. L’exemple vient amplement de Boumessaoud (commune d’Imsouhal, à 60 kilomètres au sud-est de Tizi Ouzou), cette petite bourgade d’environ 800 habitants qui a réussi à devenir une sublime «citadelle» perchée sur une colline face aux majestueux monts du Djurdjura. Il s’agit du village qui a remporté, jeudi dernier, le 1er prix du concours de la protection de l’environnement, organisé par l’APW et dédié à la mémoire de Rabah Aïssat, ancien président de l’APW assassiné. Mais ce n’est pas seulement ce concours qui a motivé les villageois à s’organiser pour donner à leur bourgade une image fleurissante. Ali Abdat, président du comité de village, nous apprend que l’esprit de solidarité chez les habitants est né depuis des décennies, notamment avec la reconstruction du village, deux fois rasé par l’armée coloniale en 1959. «Ce que vous voyez aujourd’hui est le couronnement d’un travail de longue haleine, effectué pendant plusieurs années et auquel ont participé tous les habitants de Boumessaoud. Nous avons un comité très dynamique qui consacre la rotation de ses membres. C’est-à dire, tous les villageois âgés de 18 à 60 ans auront l’occasion de siéger au sein de la structure de gestion des affaires du village, puisque celle-ci est renouvelée chaque année», nous explique-t-il. Un mode de gestion qui a, estime-t-il, porté ses fruits, vu que chaque équipe essaye toujours de présenter, à la fin de son mandat, un bilan riche. Les réalisations sont, d’ailleurs, multiples. Rien qu’à sillonner les ruelles de cette bourgade, on peut aisément comprendre que Boumessaoud est une destination qui peut attirer même des touristes. Amar Mourah, président de l’association culturelle, nous a fait savoir que le village accueille régulièrement beaucoup de visiteurs qui viennent se recueillir sur la tombe de l’illustre auteur-compositeur-interprète, Cherif Kheddam, natif de Boumessaoud. D’ailleurs, juste à l’entrée du village, on est accueilli par des fresques d’hommes de culture, comme Dda Cherif, Matoub Lounes, Lounis Aït Menguellet et Tahar Djaout. Le tri des déchets se fait à la source Des lampions lumineux ornent aussi l’accès principal, où des bacs à ordures sont installés avec des indications accompagnées de textes de sensibilisations comme «Gardons sain notre environnement et protégeons-le». Chez les habitants du village de Cherif Kheddam, la question de l’environnement est l’affaire de tous. Aucun papier, ni détritus ou gravats sur le pavé. Il y a aussi des espaces verts préservés et bien entretenus. M. Abdat ajoute, à ce sujet, que le tri des déchets se fait à la source. «Après un travail d’information et de sensibilisation, les habitants font directement le tri chez eux. Nous avons un centre de tri qui sera développé avec la subvention décidée par le ministre des Ressources en eau et de l’Environnement jeudi, lors de sa visite à Tizi Ouzou», nous informe-t-il. Tout est propre. Tout est organisé pour faire de Boumessaoud un lieu de détente. Des bancs en bois, parfois sculptés sont installés sur la placette du village, où nous avons trouvé un marché hebdomadaire. Là, chaque vendredi, il y a des marchands ambulants qui viennent pour vendre leurs produits. Il y a de tout pour les riverains, ils peuvent acheter des produits alimentaires, des vêtements et même des appareils électroménagers. Tout se déroule dans une bonne ambiance et une parfaite organisation tout en gardant les lieux propres. C’est l’une des exigences du comité vis-à-vis des commerçants. La placette est embellie de bustes d’artistes avec, au milieu, une fontaine splendide et, au coin, une stèle à la mémoire des martyrs de la Révolution, histoire d’offrir une image féerique à la cité. Le village garde toujours l’architecture des anciennes maisons, comme celle de Cherif Kheddam qui est devenue un patrimoine historique. Les villageois ont réalisé aussi d’importantes infrastructures d’intérêt général, comme une bibliothèque, une Maison de jeunes et une scène en pierres taillées à la placette de Tajmaât pour les besoin de l’animation et la programmation d’activités artistiques (galas et pièces théâtrales), notamment lors des soirées du mois de Ramadhan. Le comité réalise son propre réseau AEP L’autre volet qui est bien maîtrisé dans cette contrée de l’Algérie et dont souffrent des centaines, voire des milliers de communes à travers le pays, est bel et bien celui de l’alimentation en eau potable. A Boumessaoud, le comité du village a réalisé son propre réseau et assure le recouvrement des créances de la consommation. Ouamer Ammi, membre dudit comité, nous confie que les villageois ont réhabilité les anciennes sources et les forages pour permettre aux riverains d’en bénéficier. «Chez nous, il y a toujours de l’eau dans les robinets. Il n’y a pas de coupure, ni de rationnement. Durant, la période hivernale, la consommation est gratuite mais, pendant la période d’été, on instaure un payement au-delà de 50 litres/jour par habitant. C’est un prix symbolique qui consiste à sensibiliser contre le gaspillage de l’eau», indique-t-il. Pour le financement des projets de Boumessaoud, tous les habitants mettent la main à la poche pour y contribuer en fonction des capacités financières de chaque villageois. «En plus des cotisations au niveau local, nous avons aussi un comité de citoyens de notre village en France. D’ailleurs, tout le monde y participe. Dernièrement, les jeunes de Boumessaoud, qui sont malheureusement toujours sans papiers en France, qui nous ont envoyé de l’argent pour cotiser», nous dit notre interlocuteur.

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