mercredi 23 mai 2018

Le professeur Chems Eddine Chitour appelle à se défaire de la "malédiction de la rente" en inaugurant une politique de consommation énergétique rationnelle

Les décisions relatives à une effective transition énergétique doivent être arrêtées  « maintenant », afin de devenir graduellement opérationnelles à l’horizon de 2030, considère le professeur Chem-Eddine Chitour. Pour illustrer les conditions de réussite de cette transition, ce dernier note qu’à un moment où le prix du baril de brut s’affiche à 78 dollars voire, dépasse les 80 dollars, il existe aussi la crainte de le voir dégringoler à 25 dollars. S’exprimant, mercredi, à l’émission L’Invité de la rédaction de la chaine 3 de la Radio Algérienne, l’intervenant appelle à sortir de la « malédiction de la rente » au lieu de continuer « à se tenir le ventre » face aux fluctuations des prix pétroliers. Observant que des décisions ont été prises pour se libérer de cette situation, M. Chitour ne s’en demande pas moins si celles-ci vont mener le pays dans la bonne direction, estimant tout de suite après qu’elles sont insuffisances. Pour lui, si stratégie énergétique il y a , il reste à définir les moyens pour l’atteindre, notant au passage qu’elle ne relève pas du seul ressort du ministère de l’Energie, mais d’une large implication de partenaires, dont les citoyens et la société civile.   Expliquant en quoi l’implication de tous les Algériens est importante pour réussir cette transition énergétique, il souligne que le plus grand gisement de l’Algérie n’est ni le pétrole, ni le gaz, mais « celui des économies d’énergie » dans laquelle ceux-ci doivent jouer le plus grand rôle. Rappelant que ces derniers consomment environ 50 millions de tonnes/équivalent pétrole/an, soit 1,25 tonne par habitant, il observe qu’une économie de 10% sur ces quantités, constituerait  l’équivalent du coût du carburant ramené de l’étranger.    M. Chitour insiste sur l’urgence à activer une politique de consommation rationnelle d’énergie, faute de quoi, prévient-il, en 2030, l’Algérie devra produire 26 millions de tonnes d’hydrocarbures pour répondre aux seuls besoins de sa population. Se basant sur des modélisations effectuées par des élèves ingénieurs pour réaliser une consommation durable d’énergie, en 2030, il sera possible de ne consommer que la moitié des 26 millions de tonnes prévus théoriquement, grâce, entre autres, à l’introduction graduelle de la « révolution de l’énergie électrique ».   


Violences en prime time

Les coups, les insultes et les provocations continuent d’alimenter les grilles des chaînes de télé durant le Ramadhan. La violence s’est encore nichée dans les programmes des chaînes de télévision durant ce Ramadhan. En tête de liste, les caméras cachées, programme peu coûteux et bon marché, dont raffolent les producteurs et les diffuseurs. Depuis deux ans, ces programmes se sont transformés en déversoir d’une violence sans raison valable, si ce n’est celle d’humilier, de rabaisser les invités et les pousser dans leurs derniers retranchements. Cette année El Bilad TV a poussé le curseur de l’indécence à son paroxysme avec «Reddou Balkoum» (Faites attention), un programme où les femmes se tapent dessus à coups de poing, devant le regard hilare du mari triomphant, ravi de voir sa compagne et sa concubine supposée se crêper le chignon. Les autres chaînes ne sont pas en reste et ont toutes mis à l’antenne des programmes similaires. L’année dernière, cette violence avait franchi un palier dans l’ignominie avec l’écrivain Rachid Boudjedra, humilié lors de l’émission «Rana Hkamnak VIP 2» par deux journalistes qui ont poussé le mauvais goût jusqu’à exigé de lui qu’il récite la profession de foi (la chahada), pour prouver son adhésion à l’islam. Le tollé provoqué par cette séquence sur les réseaux sociaux et la mobilisation de nombreux intellectuels, journalistes, artistes, ainsi que la présence du frère du Président, Saïd Bouteflika, lors du rassemblement de soutien à l’écrivain devant le siège de l’ARAV, ont contraint Anis Rahmani, patron de Ennahar TV, à faire amende honorable et à arrêter la diffusion de l’émission. Si beaucoup ont espéré une prise de conscience des pouvoirs publics et des patrons de chaîne sur la nécessité de mettre fin à de telles absurdités diffusées à une heure de grande écoute, force est de constater que le gouvernement laisse faire et ne semble pas pressé d’agir. Interrogé sur le sujet lors de la signature d’une convention-cadre entre la Télédiffusion d’Algérie (TDA) et l’Agence spatiale algérienne (ASAL) portant sur l’exploitation «optimale» du satellite Alcomsat-1 pour les besoins de télédiffusion, Djamel Kaouane, ministre de la Communication, a botté en touche, déplorant cet état de fait, expliquant cette situation par un «manque de créativité» de la part de ces chaînes, dont les programmes «ne représentent pas la société algérienne», rapporte l’APS. Cette situation est d’autant plus scandaleuse que le gouvernement ne manifeste pas la moindre volonté de mettre fin à ces dérapages. Il en a pourtant les moyens, mais encore faut-il, dans un premier temps, savoir quoi faire de l’espace audiovisuel national et en fixer les modalités, alors que les chaînes privées sont pour l’heure de droit étranger. Cette volonté politique passe également par la décision d’accorder un statut à l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV), censée être le gendarme de l’audiovisuel national et qui fonctionne sans moyens humains et financiers depuis deux ans. Pour contraindre les diffuseurs à regarder de plus près ce qu’ils mettent à l’antenne, il faut donner à l’ARAV les moyens de sa mission et lever la paralysie qui la frappe. Pour l’heure, toutes ces conditions ne sont pas réunies et le ministre de la Communication préfère évoquer une absence de créativité dans un paysage télévisuel, où la grande majorité des productions mises à l’antenne ne sont que des copies conformes de ce qui se fait ailleurs. En attendant des jours meilleurs, l’Autorité de régulation de l’audiovisuel en est réduite à occuper l’espace d’un ancien local qui a servi à vendre les produits de l’entreprise Tonic.  

«La navigation à vue risque de faire couler à jamais le pays»

Pour la première fois, Mohamed Gouali quitte son domaine des finances pour aborder tous les segments de la vie nationale. Dans cet entretien, il dissèque les raisons de l’échec et les causes qui bloquent le développement du pays. - «Nous travaillons actuellement avec des emprunts», a déclaré le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, pour signifier le maintien de la rigueur budgétaire. Comment voyez-vous l'avenir économique de l'Algérie à la lumière des décisions prises, l'actionnement de la planche à billets et la difficulté structurelle de sortir de la dépendance des revenus pétroliers ? Même si j’approuve la logique des efforts du Premier ministre pour maintenir une certaine rigueur budgétaire, cela n’est pas suffisant. Il faut qu’il ait l’audace d’aller plus loin et faire en sorte que les préceptes de la discipline budgétaire soient plus qu’une mesure comptable. Elle devrait être un état d’esprit, une culture politique inhérente à la gouvernance globale de l’Etat dans ses différents secteurs, et pas seulement une limitation de produits à importer lorsque l’argent vient à manquer. En outre, une rigueur budgétaire qui n’est pas adossée à une stratégie de développement d’une économie compétitive n’a aucune chance de réussir. Je soutiens en effet que le cœur du problème de l’Algérie est l’absence de stratégie crédible à long terme. Où veut-on aller, que voulons-nous être ? Ce sont là des questions essentielles pour définir une orientation et donner un sens aux Algériens. A partir de là, on identifiera plus aisément comment y parvenir, les initiatives à prendre et le choix des personnes aptes à faire atteindre les objectifs définis. Sans stratégie crédible, on continuera à prendre des suites récurrentes de mesures dont l’effet a prouvé à ce jour qu’il était neutre dans l’équation de développement d’une économie compétitive. Je prendrais deux exemples pour illustrer mon propos. Le premier. Je lis, j’entends des responsables politiques exhorter les opérateurs économiques à exporter. Comme s’il suffisait d’exprimer un vœu pour que cela se réalise. Le discours à leur tenir est tout autre. Il faut les sensibiliser plutôt à investir dans l’innovation et la compétitivité. Ce sont là les véritables clés qui permettent d’accéder aux marchés internationaux. Le second. L’Algérie a décidé de développer l’industrie de l’automobile. Cela a du sens. Cette industrie est à forte valeur ajoutée, elle absorbe une masse considérable d’emplois à tous les niveaux, et la demande locale est exponentielle. - L’Iran a pris la même décision. Elle a négocié des taux d’intégration de 60% avec ses partenaires pour les voitures courantes et s’est déjà projetée dans l’avenir en construisant la première voiture électrique iranienne... L’Algérie, quant à elle, a préféré la solution du court terme et du profit facile, en assemblant des voitures avec un taux d’intégration dérisoire, sacrifiant ainsi ce qui auraient pu être les fondations d’une vraie politique industrielle à long terme. Ce faisant, nous contribuons à accroître les gains de nos fournisseurs, à résorber le chômage de leurs pays, tout en important l’inflation avec un dinar fortement déprécié. Ce modèle de développement approuvé par les gouvernements successifs est suicidaire. Il tue dans l’œuf l’innovation et fait rater à l’Algérie l’extraordinaire opportunité de construire un environnement propice à l’entrepreneuriat. Il ne faut donc pas s’étonner que l’Algérie soit toujours un pays non émergent et classé par l’Observatoire de l’émergence en Afrique à la 14e place derrière la Tunisie et le Maroc. - Puisque vous le dites dans le constat, le pays dépend toujours à 93% des revenus provenant des hydrocarbures. Où réside, selon vous, le problème, dans les politiques ou les Politiques ? Je constate que les échecs du développement de l’Algérie remontent à plus de trois décennies. Je me risque à penser que l’essence du paradoxe algérien, à savoir un grand pays avec beaucoup d’atouts, mais qui n’en finit pas de stagner, réside dans le contexte historique dans lequel a été forgée notre histoire récente. Ceux qui ont eu en charge l’Algérie n’ont pas eu la vision, le courage, voire la crédibilité, pour faire les évolutions incrémentales nécessaires qui fassent entrer notre pays dans la véritable modernité, et rendre les Algériens les sujets de leur Histoire. Je suis néanmoins optimiste, car les échecs sont souvent une opportunité pour se réinventer, se surpasser, et rebondir plus loin. Il faut juste savoir quitter sa zone de confort intellectuel et accepter de se remettre en cause. Il existe des approches et des solutions qui peuvent permettre à notre pays de faire un énorme bond en avant en moins de dix ans et devenir une vraie puissance. Il suffit de le vouloir au plus haut niveau de l’Etat. Et comme le disait l’ancien Premier ministre anglais Sir Winston Churchill : «Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge.» Le chancelier allemand, Gérald Schroeder, l’avait bien compris en décidant des réformes adaptées au contexte de son pays avec son «Agenda 2010» qui fait de l’Allemagne aujourd’hui le moteur de l’Europe. Le nivellement par le bas, la recherche des profits politiques ou financiers à court terme fait baisser le seuil de vulnérabilité de l’Algérie. Et sachant que nous vivons dans un monde où les plus puissants détruisent les plus faibles, en faisant fi des lois internationales, cette question devrait être en permanence sur les radars de nos dirigeants. - Vous dites que les échecs du développement de l'Algérie remontent à plus de trois décennies. Mais ne pensez-vous pas que notre pays a eu l'occasion inouïe de se placer dans la trajectoire du progrès et de la stabilité ? Qu'auriez-vous fait, vous, avec 1000 milliards de dollars ? Lorsque vous n’avez pas la sophistication d’esprit nécessaire pour faire projeter votre pays dans le futur, et que vous n’avez pas conjointement l’expertise et l’expérience pour résoudre des problèmes complexes, tout l’argent du monde ne vous servira à rien. Au mieux, vous l’utiliserez comme une cagnotte à distribuer. A contrario, chaque dollar est investi avec un fort souci de rentabilité à travers des gains économiques bien sûr, mais aussi en termes d’avancées sociétales et politiques qui concourent tous à l’essor du pays. Il est étonnant que nous ne soyons pas en capacité de faire une analyse objective du bilan des mandatures précédentes. Tout bilan a un actif et un passif. Il nous faut apprendre à le faire avec sérénité, responsabilité, et maturité politique. Eviter de faire cet exercice obligatoire, c’est nous exposer aux mêmes erreurs à l’avenir. Ceci étant posé, je ne vais pas vous dire ce que j’aurais fais avec un trillion de dollars, mais plutôt comment on pourrait envisager l’avenir du pays, car aujourd’hui c’est ça qui compte. Il existe une certitude. La façon de travailler «top-down» qui consiste à prendre des décisions à haut niveau sans corrélation avec la réalité et les attentes du pays, et le tumulte politico-économique dans lequel nous évoluons ne doit plus continuer. La navigation à vue, si elle continue, risque de faire couler à jamais le pays. Je suis convaincu que l’Algérie ne devrait pas faire l’économie d’un débat national «bottom-up» qui devrait associer les composantes de la société civile et la société politique (dans un modèle d’organisation qu’il serait superflu de développer ici) pour aboutir à des propositions quantifiées sur les grands problèmes auxquels fait face notre pays. J’en distingue en priorité : la réforme de l’Etat et nos institutions, l’éducation et la création d’un environnement de la connaissance, l’enseignement supérieur et son apport à l’innovation et la compétitivité, l’économie numérique, l’intelligence artificielle et ses applications sociétales, l’intelligence économique, la fuite des cerveaux, le rôle de la Défense dans le développement des industries de pointe, l’agriculture, le tourisme, la refonte du système financier, l’adaptation de notre diplomatie aux nouveaux challenges politico-économiques, et l’agrégation de notre mosaïque culturelle pour en faire un levier d’influence géostratégique. C’est ce type d’approche qui permettra de dégager les grandes orientations du pays, ses doctrines, ses plans d’action, et pour les plus hauts responsables des tableaux de bord pour gouverner efficacement. En outre, des femmes et des hommes émergeront de ces débats et ce seront, entre autres, eux qui porteront les projets de cette Algérie de la performance. Cette dimension humaine est clé. Dans le monde d’aujourd’hui et de demain, un pays qui ne dispose pas d’une élite performante, et patriote est un pays mort ou en voie de l’être. Il suffit d’observer le tsunami politique qui vient d’avoir lieu en Malaisie. L’ancien Premier ministre, le Dr Mohamed Mahathir vient de nouveau être élu à 92 ans pour redresser la situation de son pays, miné par la corruption. Moralité : peu importe votre âge, si vous êtes un dirigeant compétent et intègre, le peuple sait vous rendre grâce. - Pensez-vous que ce n’est pas le cas pour l’Algérie ? J’ai donné l’exemple du Dr Mohamed Mahathir pour souligner l’impact d’un leadership mondialement reconnu. Il avait la vision, la rigueur, l’ambition pour son pays, et un sens aigu de l’éthique et de la justice. Son peuple s’est rappelé de tous ces attributs et lui a de nouveau fait confiance en dépit de son âge. Il faut dire aussi qu’il a mené une campagne très dynamique. Comme Bernie Sanders aux Etats-Unis. L’Algérie manque cruellement de leaders politiques depuis la maladie du Président et de leaders économiques de référence depuis bien plus longtemps. Cela se ressent dans la conduite des affaires de l’Etat et expliquerait en partie la stagnation voire la régression du pays. - On est à moins d'une année de l'élection présidentielle, n'y voyez-vous pas là une occasion de changer ou d'adhérer à l'opinion de larges pans de la classe politique ? Si le Président en exercice se présente pour un 5e mandat, ne vaut-il pas mieux rester chez soi ? Ce qui me préoccupe à quelques mois de la nouvelle élection présidentielle, ce n’est pas tant l’histoire du 5e mandat sur lequel je vais revenir. Non, le problème c’est le mutisme des partis supposés être de l’opposition. Quel est leur apport à ces nouvelles élections ? Quelles sont leurs idées ? Quelles solutions préconisent-ils aux divers problèmes qui se posent à l’Algérie ? Malheureusement, sur le fond des choses ils sont toujours silencieux. Les plus prolixes se contentent de disserter sur la fraude et l’absence de légitimité du 5e mandat. C’est assez peu pour galvaniser les électeurs et instaurer une culture démocratique. Mais c’est beaucoup pour les adeptes du statu quo et donc du 5e mandat. Pourtant l’heure est critique. La voix intérieure et extérieure de l’Algérie s’est éteinte depuis quelques années déjà. Même à l’ère des prestations par hologrammes, il n’y a rien de plus utile pour un Président que d’aller directement à la rencontre de son peuple. Il n’est rien de mieux que d’aller porter avec autorité la voix de son pays dans les forums internationaux, négocier avec ses homologues les intérêts de son pays, construire un rapport de forces dans un monde dangereusement darwinien, tisser un réseau d’influence partout où les tendances de notre époque se dessinent. C’est aussi cela sa mission. La résolution des grands défis géo-économiques se négocie directement entre chefs d’Etat. Les négociations aujourd’hui ne sont pas seulement de l’ordre de la rationalité. Elles comportent aussi une part substantielle d’empathie et d’intelligence émotionnelle que seul un contact direct peut produire. A-t-on oublié les effets salutaires des voyages du Président lors du premier mandat pour faire reprendre à l’Algérie sa place dans le concert des nations après qu’elle fut «mise en quarantaine» pendant la décennie noire ? Par conséquent, continuer à ne pas pouvoir assumer pleinement cette tâche dans le contexte actuel est une catastrophe. L’Algérie est dans l’œil du cyclone de menaces et de provocations sournoises. Notre armée et nos services travaillent inlassablement pour assurer la sécurité du pays. Ils compensent dans une certaine mesure les faiblesses de notre diplomatie qui s’est avérée timide, car en manque flagrant de leadership, tâche qui fut assumée auparavant par le Président lui-même. Le Président, dont on dit qu’il a toute sa force mentale, ne peut ignorer cela. Il sait parfaitement que l’Algérie a besoin d’un vrai leader, aussi dynamique qu’il l’a été, d’un visionnaire et d’un stratège pour réinventer l’Algérie, et lui ouvrir de nouvelles perspectives de développement et de prospérité. - Vous vous montrez très optimiste, pourtant le contexte régional et international rend de plus en plus difficile les possibilités de sortie de crise. Pression de l'Union européenne, l'insécurité aux frontières, terrorisme, flux migratoire. Ajoutant cela aux problèmes internes, vous ne pensez pas que ce sont autant de freins pour que le pays puisse vraiment se réaliser ? Mon optimisme tient lieu d’un état d’esprit positif, forgé par mon éducation et tout au long de ma carrière professionnelle aux divers postes de responsabilité que j’ai occupés. Pour moi, tout problème a une solution. Mais il serait vain de vouloir la trouver si vous persistez à réfléchir et à agir de la même façon que celle qui vous a conduit à l’échec. Il faut par conséquent changer de paradigme ! Il s’agit d’aborder les problèmes que vous évoquez et d’autres encore qui sont latents avec un esprit d’urgence, lucide et pragmatique. Et en même temps redéfinir une nouvelle vision pour le pays, comme je l’ai souligné plus haut, car c’est aussi parce que l’Algérie a manqué de vision et de stratégie crédibles qu’elle se retrouve avec autant de situations complexes. Tout est corrélé. Si vous ne réussissez pas à faire adhérer la majorité du peuple à une politique qui lui donne de l’espoir, le fait rêver et le fait se surpasser ; si votre économie est factice ; et si en plus vous ne moralisez pas la vie publique, alors votre assise intérieure sera fragile et dans ce cas vous ne pourrez jamais avoir une diplomatie influente. Pire, les ennemis du pays feront tout pour créer des points de tension, en l’occurrence à nos frontières, qui vont siphonner nos ressources financières, matérielles, humaines et même psychologiques. Etre pragmatique, c’est aussi apprendre de ses erreurs. Par exemple, comment pouvait-on signer en 2005 (!) un accord de libre-échange avec l’Europe, alors que nos entreprises, publiques ou privées, ne produisaient rien qui soit innovant et compétitif pour prétendre pénétrer avec succès les marchés européens. Elles ne le sont pas plus aujourd’hui d’ailleurs c'est-à-dire 13 ans après.   - Vous êtes expert en matière de fusion-acquisition. Quel est votre avis sur l'achat par Sonatrach d'une raffinerie d'Exxon en Italie, sachant que la transaction fait l'objet d'une vive polémique ? Une entreprise algérienne qui fait des acquisitions transfrontières est en théorie une bonne chose. A condition de comprendre pourquoi elle le fait et à quel prix. J’ai lu le communiqué de Sonatrach et la déclaration de son premier responsable et j’avoue avoir été surpris par sa teneur. A lui seul, le communiqué de Sonatrach est un catalyseur de polémiques. En premier lieu, je trouve que la justification du choix de la cible est très peu conclusive. Ce qui laisse la possibilité d’interpréter cette acquisition comme un hubris des dirigeants. Une fusion-acquisition, quelle que soit sa taille, doit être adossée à une communication claire, précise et argumentée à la fois sur le plan stratégique et sur le volet financier. Sonatrach est resté évasive dans ses arguments. Elle avait portant l’obligation (et l’intérêt) de clarifier sa position par rapport, entre autres, aux graves problèmes environnementaux que poserait le site acquis. En plus de cet aspect qui relève de la méthodologie et de la communication, il existe dans le communiqué – et je me limite à cette unique source, car c’est elle qui indique la position de référence de la compagnie – plusieurs questions de fond qui interpellent. On parle des «synergies envisageables». En termes de croissance externe, toute fusion-acquisition n'a de sens que si elle s’appuie sur des synergies identifiées. Et les entreprises qui arrivent à les concrétiser ont 28% de chances de plus que la moyenne de créer de la valeur comme je l’ai indiqué dans mon livre Fusions Acquisitions, les 3 règles de succès aux Editions Eyrolles. Tout décideur ne peut déroger à cette règle fondamentale. J'insiste beaucoup sur ce point lors de mes conférences ou dernièrement encore lorsque France Info m’avait sollicité. Je suis vraiment choqué qu’au niveau de la direction générale d’un groupe comme Sonatrach, on laisse passer une telle expression aussi vague qu’incorrecte. Vague, car les synergies sont toujours identifiées et sont de plusieurs types (ressources humaines, savoir-faire, nouveaux marchés, expansion géographique, mutualisation des achats, réduction des coûts, etc). Ce sont elles qui permettent de créer une valeur supérieure à celles que les deux entreprises peuvent créer séparément. C’est pourquoi on les évalue. Les synergies portent donc sur des aspects concrets et ont une valeur. Elles sont un levier essentiel par lequel l’acquéreur justifie auprès de la communauté financière et industrielle, mais aussi auprès de son conseil d’administration le bien-fondé de la transaction. Sonatrach a raté là une occasion d’affirmer sa crédibilité. Incorrect, car les synergies ne sont pas «envisageables», mais sont plutôt une «option réelle», au sens financier du terme, c'est-à-dire une valeur réalisable, lorsque l’intégration des deux entreprises se déroule dans les règles de l’art. Le concept de «synergies envisageables» nous fait déplacer de la haute finance vers un jeu de hasard. Il y a aussi un autre détail qui est celui de la valorisation de l’entreprise acquise. Qui a déterminé sa valeur intrinsèque ? Il est d’usage que soient mentionnés les noms des banques ou des cabinets conseils qui ont piloté l’opération. Cela n’a pas été le cas. Le conseil d’administration de Sonatrach a-t-il approuvé cette acquisition a posteriori, c'est-à-dire après la clôture des négociations avec Exxon et la détermination du prix à payer comme cela est la règle prudentielle partout ailleurs ? Le communiqué, là aussi imprécis, parle de réalisation de la transaction à la fin de l’année (??!). Ce sont là des erreurs qui, si Sonatrach avait été coté dans une grande place financière, aurait de facto entraîné une dégringolade de son titre. Les marchés ont horreur des approximations et les sanctionnent immédiatement.  

L'Algérie prépare «une grande opération humanitaire» au Sud

Alors qu’une «grande opération humanitaire» se prépare au niveau des villes frontalières du sud du pays, le comité interministériel chargé de la prise en charge de la migration clandestine tient, depuis quelques jours, de nombreuses réunions avec les secteurs concernés par cet exode massif de populations en détresse. L’opération se fera en concertation avec le Mali et le Niger. Dans ce cadre, une délégation officielle des autorités maliennes sera aujourd’hui à Tamanrasset… La situation au nord du Mali et du Niger inquiète beaucoup les autorités algériennes confrontées à un déplacement massif de populations en détresse vers le sud du pays. Dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations du Conseil interministériel du 29 mars dernier consacré exclusivement à la prise en charge du problème de la migration clandestine subsaharienne, une «grande opération humanitaire» est sur le point d’être mise en place au niveau des wilayas du sud du pays, qui font face à ce phénomène. Ces recommandations, faut-il le rappeler, insistent essentiellement sur le renforcement des moyens des wilayas frontalières confrontées à cet exode, qui semble interpeller également les autorités maliennes et nigériennes, décidées à collaborer pour une meilleure prise en charge des populations en détresse. Au moment où les discussions se poursuivent avec le Niger, une délégation officielle malienne sera aujourd’hui à Tamanrasset. Elle prendra part à des réunions de travail marathoniennes avec les responsables de la wilaya, mais aussi avec le consul général du Mali et constatera de visu sur le terrain l’ampleur de «ce désastre humain». «Le gouvernement malien a pris conscience de la gravité de la situation, tout comme d’ailleurs son homologue nigérien, qui a décidé lui aussi de travailler avec l’Algérie pour traiter ce flux migratoire illégal», déclare le chargé du dossier migration clandestine au niveau du ministère de l’Intérieur, M. Kacimi. Il parle de la mise en place d’un «important dispositif» de secours et de prise en charge sanitaire dotés de moyens humains et matériels «colossaux»  dans les villes frontalières, «qui agit même au-delà des frontières, puisqu'au nord-est de la Mauritanie, il a servi pour l’acheminement d’une aide humanitaire au profit de 56 000 Maliens». Le responsable décrit une situation «préoccupante» au nord du Mali et du Niger, et parle d’un mouvement massif de populations en détresse vers les villes frontalières du Sud, où les opérations de refoulement ciblent essentiellement les personnes en situation illégale. «L’Algérie est en train de mobiliser des moyens colossaux pour soulager la détresse humaine de centaines de personnes. Des vivres, des couvertures et de l’eau sont distribués quotidiennement, mais la pression devient de plus en plus pesante. Les hôpitaux et les établissements de santé des villes frontalières assurent les soins aux malades et aux personnes les plus vulnérables, comme les enfants, les femmes et les personnes âgées, qui affaiblies par une expédition inhumaine, arrivent avec des maladies lourdes. Durant ces deux dernières années, l’hôpital de Tamanrasset a assuré les soins à plus de 1200 migrants en détresse, atteints de maladies graves. Durant cette période, nos établissements de santé ont assuré 64 000 prestations de médecine générale et spécialisée aux migrants subsahariens et 1200 hospitalisations de personnes en détresse», explique M. Kacimi. Il précise, par ailleurs, qu’au niveau de la frontière avec le Mali, plus de 6000 Maliens ont été vaccinés et on a prodigué des soins  à titre gracieux à 1500 personnes porteuses du VIH. Notre interlocuteur décrit le drame humain en disant : «Ces personnes traversent le désert malien du Tanezrouft, deux fois plus grand que la France, et le désert du Ténéré, au nord du Niger, le plus dangereux des déserts, en prenant des risques mortels et sont livrées aux réseaux de traite des personnes qui portent atteinte à leur dignité. Avant d’arriver en Algérie, les migrants sont déjà abandonnés et c’est l’Algérie qui leur apporte les premiers secours , Ces migrants mettent leur vie en danger parce que leurs Etats ne répondent pas à leurs besoins fondamentaux. L’Algérie ne peut être responsable des populations des autres Etats. Elle est tout juste solidaire de la souffrance des migrants. Notre pays a toujours été le premier à aider dans les détresses humanitaires en Afrique.» Notre interlocuteur rappelle à ce titre la décision prise par l’Algérie d’effacer  la dette de plusieurs pays africains, d’un montant de 3,5 milliards de dollars, dans le seul but de soulager les populations en détresse.  

L’ONU appelle à l’arrêt des expulsions des migrants

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a appelé, hier à Genève, l’Algérie à cesser les expulsions collectives de migrants, notamment originaires d'Afrique subsaharienne. «Alors que les chiffres exacts sont difficiles à obtenir, le nombre de personnes expulsées est estimé à plusieurs milliers», a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat lors d’un point de presse tenu, hier, à Genève (site de l’ONU). La porte-parole précise que les services du Haut-Commissaire avaient déployé une équipe à la frontière entre le Niger et l’Algérie. Selon des témoignages recueillis auprès 25 migrants expulsés d'Algérie, il ressort, indique-t-elle, que les autorités algériennes «organisent fréquemment des rafles massives de migrants subsahariens dans diverses localités du pays.»  «Ce qui est particulièrement inquiétant, c'est que la plupart des personnes à qui nous avons parlé ont déclaré qu'elles n'étaient pas soumises à des évaluations individualisées», poursuit-t-elle. Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU rappelle que l'expulsion collective des migrants, en dehors de toute appréciation individuelle et de procédure légale, «est profondément alarmante» et «contraire aux obligations de l'Algérie en vertu du droit international des droits de l'homme, notamment la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants que l'Algérie a ratifiée», a indiqué Ravina Shamdasani. Lancées depuis 2014, les opérations de rapatriement des migrants des pays subsahariens se sont poursuivies ces derniers mois. Des ONG, des défenseurs et militants des droits de l’homme et des acteurs de la société civile ont lancé un appel pour dénoncer les «opérations d’expulsions arbitraires» ciblant des milliers de migrants subsahariens, parmi lesquels des personnes en «extrême vulnérabilité».            

«On veut faire de l’APN une assemblée aphone»

Le projet de règlement intérieur de l’APN, qui a été élaboré et discuté dans la précipitation et dans l’ombre, traduit une volonté de réduire l’APN à une «vulgaire» chambre d’enregistrement. Pour la première fois, l’opposition et la majorité parlementaire se trouvent sur la même longueur d’onde. Jamais un projet de loi n’avait fait autant consensus entre les deux bords. Mêmes inquiétudes et mêmes appréciations. Le projet de règlement intérieur de l’APN, qui a été élaboré et discuté, selon les députés, dans la précipitation et dans l’ombre, traduit une volonté de réduire l’APN à une «vulgaire» chambre d’enregistrement. Reporté à maintes reprises, ce projet revêt pourtant une importance majeure. Hier, au deuxième et dernier jour des débats autour de ce texte, les députés de l’opposition, en communion, l’ont rejeté dans le fond et dans la forme, estimant que son contenu est en contradiction totale avec les dispositions de la Loi fondamentale du pays, notamment l’article relatif à l’opposition parlementaire, et qui a été occultée dans le texte. Mieux, les intervenants, au nombre de 119 et de différentes obédiences, ont tous critiqué ce texte, le qualifiant d’«anticonstitutionnel» et certaines de ses dispositions d’«humiliantes». «Comment les rédacteurs de ce projet ont-il osé ignorer la Constitution dans plusieurs de ses aspects ? Qui est à l’origine des changements opérés à ce texte ?» sont autant de questions que se sont posées les députés. Pour les parlementaires du PT, ce règlement intérieur est conçu pour maintenir l’Assemblée dans un état «comateux» afin de mettre l’opposition parlementaire dans une situation d’inertie et hors d’état de nuire et laisser, par là même, libre cours à l’Exécutif et aux pouvoirs publics. Pour le RCD, ce projet est contraire aux valeurs démocratiques et aux exigences de l’Algérie du XXIe siècle. «Qu’en est-il de la place réservée à l’opposition parlementaire pourtant longtemps chantée par conjonctures dans les discours officiels ?» s’est interrogé Atmane Mazouz, député de cette formation. Il sait qu’une mesure renforçant le rôle de l’opposition n’arrangera pas le fonctionnement à sens unique d’une Assemblée issue de la fraude, «sinon pourquoi vouloir museler toute l’opposition dans ce règlement intérieur ?» Pour cet élu du RCD, il y a une volonté manifeste d’ignorer le phénomène de l’absentéisme récurrent des parlementaires aux travaux de l’APN, se contentant juste de sanctions de principe inapplicables en pratique. «N’est-il pas imposé dans la Constitution aux députés de se consacrer pleinement à l’exercice de leur mandat ?» se demande le député du RCD qui propose de rehausser le rôle de cette institution, en osant révolutionner son fonctionnement. Les députés ont proposé plus de 130 amendements, une première en la matière. Le groupe parlementaire du PT a présenté 36 amendements, pour annuler, expliquent ses membres, tous les aspects autoritaires «antidémocratiques» et «anticonstitutionnels» contenus dans ce projet de loi «réactionnaire». Le FJD pour sa part a formulé 42 amendements. De même pour le MSP. Le député du RND, Guidji Mohamed, a déposé à lui seul 13 amendements. Les députés de ce parti ont fustigé les dispositions relatives aux mesures disciplinaires et surtout les sanctions prévues dans le projet de loi. Ils pensent que les termes adoptés dans la mouture concernant les peines (est privé, fait obligation, est déduit et tant d’autres) sont «inappropriés», Pour la députée Noura Labiod, du RND, la question des absences est, d’abord, un engagement constitutionnel et moral et les chefs des partis politiques sont appelés à assumer la responsabilité dans ce sens. Hamdadouche du MSP dénonce une régression inégale, et Ramdane Taazibt du PT s’interroge : qui veut réduire l’APN à une assemblée «aphone» consacrant une régression tous azimuts ? Tout a été fait pour empêcher tout débat et bloquer toute initiative parlementaire susceptible de déranger un tant soit peu l’Exécutif et le statu quo actuel. Les députés du PT, du RCD et du MSP ont relevé l’absence d’articles sur la langue amazighe et suggéré le recours aux interprètes simultanés lors des séances de travaux, dans les deux langues, arabe et amazighe, et se sont interrogés sur la chaîne de télévision parlementaire dont le projet de création remonte à plus de 13 ans. «Le citoyen a le droit de suivre les débats parlementaires et de savoir ce qui se passe dans l’hémicycle. C’est de cette façon que l’on peut juger le travail du député», affirme Taazibt. Des députés du FLN ont réclamé une augmentation de salaire, alors que d’autres ont dénoncé la ségrégation en matière de distribution des missions à l’étranger. Notons que le vote autour de ce projet interviendra le 4 juin prochain.