mardi 16 janvier 2018

Carburants : Sonatrach loue des équipements en Italie pour raffiner son pétrole et envisage l’achat d’actions boursières

«On ne peut pas continuer à importer des carburants pour 2 milliards de dollars par an», a déclaré, ce mardi, le P-dg, Abdelmoumen Ould Kaddour avant de révélé que sa compagnie a conclu un contrat de processing avec une raffinerie pétrolière  italienne permettant au groupe algérien de transformer par lui-même en Italie une partie du pétrole brut algérien en carburants. Dans une déclaration à la radio Chaine 3, le premier responsable de Sonatrach explique que ce type de contrat permettra à l’Algérie d’ «envoyer du brut et de le raffiner à l’étranger». «Il s'agit pour Sonatrach de louer les équipements du raffineur italien sur place pour procéder aux opérations de raffinage en Italie, ce qui permettra à la compagnie de récupérer les carburants obtenus à  un prix moins cher», précise-t-il à l’APS.  Toujours dans ce sillage, M. Ould Kaddour a fait savoir que la Sonatrach est «en négociations» pour acheter, «bientôt», des actions au niveau des raffineries. «On a beaucoup d’investissements à l’étranger, mais ils ne sont peut être pas rentables, autant prendre des actions au niveau des raffineries qui existent», a-t-il annoncé sur les ondes de la radio Chaine 3.   


Gaïd Salah inaugure des structures militaires à Ouargla

Le Général de Corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP) a procédé, mardi au quatrième et dernier jour de sa visite en 4e Région militaire à Ouargla, à l’inspection d'unités de la Région et l’inauguration de quelques structures, indique le ministère de la Défense nationale dans un communiqué. "Le quatrième et dernier jour de la visite de Monsieur le général de Corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire en 4e Région militaire à Ouargla, a été marqué par l’inspection de quelques unités de la Région et l’inauguration de quelques structures, ainsi que la tenue d’une réunion avec l’état-major de la Région et les responsables des services de sécurité", précise la même source. Le général de Corps d’Armée a entamé cette journée à l’entrée du siège du Commandement de la Région, par "un moment de recueillement, en compagnie du général-major Cherif Abderrezak, commandant de la 4e Région militaire, sur l’âme du valeureux Chahid Chihani Bachir, dont le nom est porté par le siège du Commandement de la Région, où a également été déposée une gerbe de  fleurs devant la stèle de sa mémoire, avant de réciter la Fatiha sur son âme pure et sur celles de nos vaillants Chouhada", ajoute le MDN. A cette occasion, le général de Corps d’Armée a inauguré un complexe administratif regroupant les services financiers des directions régionales de l’administration et des finances, relève le MDN, qui note que ce complexe "qui a été réalisé dans les délais prévus, assure aux cadres et aux personnels un cadre de travail adéquat". Le général de Corps d’Armée a tenu, ensuite, une réunion de travail avec le Commandement, l’état-major de la Région, les Commandants des unités et les responsables des différents services de sécurité, lors de laquelle il a suivi un exposé global sur la situation générale de la Région, présenté par le Commandant de la Région, avant de prononcer une allocution d’orientation dans laquelle il a rappelé "l’importance vitale que revêt cette Région, ainsi que le rôle capital joué par ses unités mobilisées le long de la bande frontalière de la zone de compétence, dans la sécurisation du pays de tous les dangers et toutes les menaces". "Partant de cette éthique professionnelle irréprochable, qui remonte jusqu’à notre histoire nationale, il devient incohérent d’évoquer les qualités et les exploits de l’Armée nationale populaire sans revenir à ses racines l’Armée de libération nationale, il est pareillement insensé pour  nous d’emprunter la voie du professionnalisme, d’en tracer les limites, d’en visualiser l’envergure et d’y accrocher les finalités, sans nous référer à notre capital de valeurs en tant que repère et fondement", a indiqué le général de Corps d'Armée. "Ce repère, dont l’Armée de libération nationale s’y place comme noyau central et en tant que pierre angulaire, constitue un modèle à suivre, pour lequel nous continuerons, avec l’aide d’Allah le Tout-Puissant, et grâce au soutien et l’appui indéfectibles dont jouie Notre Armée de la part de Son Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, je dis nous continuerons à en suivre le chemin, mettant à profit tout ce que le progrès technologique puisse nous offrir, arborant les nobles valeurs de Novembre, et s’ouvrant  sur des horizons nouveaux, à la quête davantage de puissance et de capacités", a-t-il ajouté. Le général de Corps d’Armée a affirmé que "tous les grands pas de développement parcourus par l’Armée nationale populaire dans les différents domaines, sont sources de fierté, voire d’honneur, ce sont des étapes franchies grâce à une persévérance tenace et une ferme résolution, ayant influencé positivement le progrès continu du professionnalisme des éléments militaires de toutes les catégories, et le degré de la disponibilité opérationnelle et de combat atteint, ainsi que la grande compétence dans l’accomplissement des missions assignées, qui caractérise nos Forces armées dans toutes leurs composantes". Le MDN rappelle, par ailleurs, que le général de Corps d’Armée avait poursuivi, dans l’après-midi d’hier lundi, l’inspection de quelques unités du secteur militaire de Biskra, où il avait examiné à l’entame "le degré d’exécution du plan de développement de la Base aérienne de Biskra, et avait visité ses différentes infrastructures, équipements et grands moyens". "Compte tenu de l’intérêt particulier qu’il accorde au développement et à la modernisation des capacités de nos Forces aériennes, il avait exhorté l’ensemble des concernés à accélérer la cadence de l’exécution de tous les programmes dans les délais impartis, ainsi qu’au strict respect des impératifs et des exigences d’une préparation au combat réussie et efficace dans tous ses aspects, ses formes et spécialités, et au bon emploi des équipements et armements modernes dont disposent aujourd’hui nos Forces aériennes dans toutes leurs composantes", relève le communiqué. A l’Ecole supérieure des troupes spéciales et dans le cadre du suivi du programme de préparation au combat, le général de Corps d’Armée avait, par la suite, supervisé un exercice illustratif exécuté par les élèves de l’Ecole sous le thème "Un détachement des troupes spéciales lors d’une incursion et destruction de cibles ennemies".  C'est un exercice qui avait été mené avec "une précision et un professionnalisme de haut niveau, ce qui confirme toujours la qualité satisfaisante de la formation dispensée au niveau de cette Ecole qui a pour objectif d’optimiser en permanence les compétences, les performances et la disponibilité des éléments des Troupes Spéciales afin de mener leurs missions de combat de jour comme de nuit et dans toutes les conditions", indique le MDN.(APS) 


L’arbitrage de Bouteflika

Le «cafouillage» au sommet de l’Etat n’a pas duré longtemps. Quelques jours après l’envoi au gouvernement d’une instruction portant sur la gestion des partenariats public/privé, la présidence de la République revoie sa copie. Elle justifie, sous le couvert de «source autorisée», le sens de ce document, qui a pourtant fait état de la volonté de la présidence de la République de contrôler les opérations de privatisation des entreprises publiques. Selon la présidence de la République, «la décision est un acte politique visant, selon une source autorisée, à apporter un surcroît de transparence, d’équité et d’efficience de ce partenariat public-privé, souvent sujet à des suspicions et interprétations abusives l’assimilant à un bradage du patrimoine public». Ni plus ni moins. Car, dans le document adressé aux membres du gouvernement, la Présidence fait fi de l’ordonnance portant sur les privatisations des entreprises publiques. La précision vient justement rétablir cette loi et, surtout, les prérogatives du Premier ministre dans ses fonctions de président du Conseil des participations de l’Etat, chargées de s’occuper du sort des entreprises publiques. La dépêche de l’APS précise d’ailleurs que, selon toujours cette source autorisée, la circulaire présidentielle «ne remet pas en cause les dispositions prévues par l’ordonnance 01-04 (notamment les articles 20, 21, 22) d’août 2001 relatives à l’organisation, la gestion et la privatisation des Entreprises publiques économiques)». Plus qu’un éclairage, cette information dément également les rumeurs portant sur la suspension des privatisations. «Puisque en aucun moment, la présidence de la République a même tenté d’expliquer le sens de la circulaire présidentielle. «La charte sur le partenariat sociétaire, d’une quarantaine de pages, définit essentiellement les dispositions générales de ce partenariat, son champ d’application, les intervenants dans le processus de partenariat, les fondamentaux du protocole d’accord des projets de partenariat, les cas particuliers des opérations de fusion-absorption», indique l’agence officielle. Pour expliquer le sens de sa démarche, la présidence de la République rappelle également que toutes les décisions sont censées devoir passer par le Conseil des ministres. «L’article 20 de l’ordonnance 01-04 prévoit que la stratégie et le programme de privatisation doivent être adoptés par le Conseil des ministres, présidé par le chef de l’Etat. Le gouvernement, lui, a la charge de mettre en œuvre le programme sur lequel a été élu le président de la République », indique la précision. Plus tôt dans la journée, Abdelmadjid Sidi Saïd avait anticipé sur la décision. «Le dernier mot, dans la prise de décision politique est toujours revenu au gouvernement», a-t-il rappelé tout en indiquant que «certains veulent semer la zizanie» entre les partenaires sociaux.

«Il faut demander à l’actuel Premier ministre le bilan des privatisations»

L’ancien président du Conseil national des privatisations (CNP), Abderrahmane Mebtoul, nous livre, dans cet entretien, son avis sur l’ouverture du capital des entreprises publiques et la décision prise à ce sujet par la présidence de la République. Il revient, à cet effet, sur les années passées à la tête du CNP qui n’a, selon lui, privatisé finalement aucune unité. Quel regard portez-vous sur la décision de la présidence de la République prise par rapport à la charte PPP ? Je me félicite de la décision du président de la République d’avoir recadré les décisions relatives à la charte partenariat public-privé et notamment l’ouverture du capital des entreprises publiques, document inachevé qui mérite une reformulation dans beaucoup de domaines, devant éviter le danger du passage d’un monopole public à un monopole privé rentier beaucoup plus néfaste. L’objectif stratégique n’est pas de servir une clientèle, mais de favoriser un système concurrentiel, selon le couple efficience économique et nécessaire cohésion sociale. Aussi il ne s’agit pas d’enlever des prérogatives au Premier ministre (coordinateur), qui n’est pas un chef de gouvernement, étant dans un régime semi-présidentiel, mais de se conformer aux règles institutionnelles. Connaissant parfaitement ce dossier sensible, afin d’éviter toute confusion, selon la loi en vigueur, ce processus étant éminemment politique, toute ouverture totale ou partielle du capital relève en dernier ressort du Conseil des ministres, présidé par le président de la République, et non du Conseil des participations de l’Etat, qui n’est qu’un organe de propositions et d’exécution. Pourquoi le Conseil national des privatisations (CNP), dissous en 1998, n’a pas réussi à bien mener le processus des privatisations, comme le reconnaissent aujourd’hui les autorités publiques, sachant que ni la liste des entreprises privatisées par le passé ni le montant des transactions conclues n’ont été rendus publics ? Il faut d’abord rétablir la vérité sur cette question, car beaucoup de fausses informations ont circulé. A cette époque, il y avait un chef de gouvernement, en l’occurrence Ahmed Ouyahia, qui, selon les textes de l’époque, avait plein pouvoir de privatiser ou pas. Son objectif était de liquider des entreprises, notamment locales déficitaires. Quant à la vente partielle de certains actifs des grandes entreprises, cela ne relevait pas du Conseil, mais directement du chef du gouvernement. Le Conseil des privatisations n’avait aucun pouvoir réel, étant un organe technique qui dépendait des décisions du gouvernement. L’Exécutif de l’époque a laissé ce conseil en léthargie pendant près deux années, 1996/ mi-1997, durant lesquelles je me suis occupé à diriger un audit, à la demande des autorités du pays, sur l’optimalisation des moyens financiers de la DGSN. J’ai également donné plusieurs conférences de presse publiques pour dénoncer le blocage, en menaçant de démissionner. C’est seulement au second trimestre 1997 que le gouvernement a commencé à livrer quelques PMI-PME, dont certains hôtels, pour en faire l’évaluation, les grandes entreprises relevant exclusivement du chef du gouvernement. Durant l’année 2017, on a inventorié, selon plusieurs techniques, et en faisant appel uniquement aux bureaux d’études algériens, les unités retenues par le gouvernement pour la privatisation totale. Suite à un conseil de gouvernement, le Conseil a été autorisé à lancer un avis d’appel d’offres pour quelques petites unités. Ce qui a été fait dans la transparence totale, en présence des repreneurs potentiels, de la télévision et de la presse nationales. En septembre 1998, coïncidant avec la démission du président Liamine Zeroual, une décision politique est tombée : arrêt de cette procédure puis dissolution du Conseil des privatisations qui n’a privatisé aucune unité et, donc, il n’y a eu aucun délit d’initié. J’ai ensuite rejoint l’université d’Oran. Donc, nous n’avons aucune responsabilité, ni dans le bradage ni dans l’arrêt du processus, qui est un acte éminemment politique, puisque n’ayant rien privatisé sur ordre. Concernant la liste des entreprises privatisées par le passé, tous les documents existaient puisque les avis d’appel d’offres donnaient la fourchette exacte à cette époque. Il faut demander à l’actuel Premier ministre et à l’ex-ministre Abdelhamid Temmar qui a pris la relève. Quelles leçons tirez-vous de cette expérience ? L’expérience menée sur le terrain a montré des comptabilités défectueuses, la majorité des unités évaluées n’ayant pas de comptabilité analytique afin de cerner les coûts, d’où l’écart entre le réel et le bilan. Aussi, les délais entre le moment de sélection de l’entreprise à privatiser et les autres opérations à mener (évaluation, lancement de l’appel d’offres et délivrance du titre final) doivent être clairement datés afin de ne pas décourager tout repreneur. Outre le fait que les répartitions de compétences doivent être bien précisées, il s’agit également d’être attentif tant à la méthode que la technique de privatisation qui ne sont pas neutres mais traduisent des rapports de force au niveau de la société. Je dirai enfin que la réussite de la démonopolisation/privatisation, processus éminemment politique, implique une vision stratégique des réformes structurelles à mener, des stratégies d’adaptation du devenir de l’Algérie à l’horizon 2020/2030 face aux nouvelles mutations géostratégiques mondiales.    

L’expérience des années 2000 : Temmar a procédé dans l’opacité la plus totale

Jeudi, le président de la République est intervenu, par le biais de son cabinet, dans le débat sur les privatisations que l’on croyait pourtant clos. Il conditionne désormais la cession des actifs publics par son accord préalable. Serait-ce un sursaut qui révèle une grande confusion au sommet de l’Etat dans la perspective d’une présidentielle qui s’annonce d’ores et déjà à couteaux tirés ? Ou bien le chef de l’Etat s’est-il redressé brusquement pour tenter de corriger un pas de danse raté au début des années 2000, lorsque les premières opérations de privatisation, menées par son acolyte, Abdelhamid Temmar, se sont révélées une liquidation de soldes dans un bureau fermé à double tour ? D’une offre initiale de 89 entreprises proposées à la privatisation en 1998, on est passé, quelques années plus tard, à des centaines de sociétés déclarées éligibles aux privatisations. Des holdings se sont morcelés en plusieurs petites entreprises pour faciliter leur privatisation. Elles ont donné lieu à plus de 370 entités qui allaient figurer dans une nouvelle liste d’entreprises privatisables. Celles du bâtiment pesaient pour un tiers dans cette liste d’actifs publics proposés à la vente. A la suite d’interminables délibérations, une nouvelle liste voit le jour, composée de 250 entreprises qui feront l’objet d’appels d’offres lancés à la fois à l’adresse des investisseurs nationaux et internationaux. Ces appels d’offres n’ont concerné par la suite que 67 entreprises, dont une dizaine de surfaces dédiées à la commercialisation des produits alimentaires, 21 hôtels, 23 briqueteries, 12 unités de fabrication de boissons, dont N’Gaous qui s’était révélée une arnaque sans commune mesure, ainsi que les entreprises Filamp et l’ENAG, avons-nous appris auprès de sources proches du ministère de l’Industrie. Des négociations ont démarré avec des investisseurs et ont abouti à la conclusion de contrats dont la valeur annoncée était d’une trentaine de milliards de dinars. Le reste des privatisations, près de 200 entités, était soit négocié dans l’opacité la plus parfaite, soit laissé en jachère, faute de repreneurs. D’autres entreprises ont été incluses par la suite dans la liste du patrimoine à privatiser, dont les Eriad, El Aurassi, Saidal, les ENAD, les entreprises de collecte et de transformation du liège, les entreprises EMB spécialisées dans l’emballage métallique. La privatisation s’était faite par le moyen d’une ouverture partielle du capital, dont certaines ont fini dans le giron de l’actionnaire privé. Cette ouverture du capital de ces entreprises a rapporté à l’Etat à peine 10 milliards de dinars. Des ministres proches de Bouteflika ont voulu inclure dans la liste des grands groupes, à l’instar de Cosider, des banques, à l’image du CPA, lesquels ont échappé belle à cette grande braderie du début des années 2000.   Une si maigre moisson… Un ancien Premier ministre que nous avons rencontré a voulu nous faire cette confidence : «Lorsque Chakib Khelil avait intégré le gouvernement de Bouteflika, il avait fait une déclaration à Abdelmadjid Sidi Saïd qui a marqué les esprits.» Il cite : «Il y a une chose à laquelle vous n’allez pas échapper : c’est la privatisation de certaines entreprises publiques, Sonatrach comprise.» Pour les anciens «hommes du Président», c’était un sujet qui leur tenait à cœur. Ces derniers, faut-il le souligner, ont repris à leur compte un projet qui a été initié, déjà sous Liamine Zeroual, par un certain Ahmed Ouyahia, en application de certaines recommandations du Fonds monétaire international (FMI). Ce programme s’est soldé par la liquidation de centaines d’entreprises publiques locales, la reprise de quelques-unes par les travailleurs (environ 30 000) et par une maigre moisson de 21 milliards de dinars. L’Etat s’était séparé également dans les mêmes conditions de près d’un millier d’agences pharmaceutiques publiques pour une bouchée de pain. La moisson dépasse à peine 600 millions de dinars. Ces premières opérations de privatisation n’ont jamais révélé tous leurs secrets, ce qui explique en partie ce déchaînement de passions à chaque fois que le dossier est rouvert. Et c’est à Ahmed Ouyahia que revient cette nouvelle mission, repêché en catastrophe pour mettre en application certaines mesures qui fâchent et qui rappellent les vieux démons des années 1990 et du début des années 2000. Il est rare que l’histoire se répète sous les mêmes auspices. Il est encore plus rare que cette histoire soit faite par les mêmes valets et les mêmes maîtres. Mais voilà qu’avec Ahmed Ouyahia d’un côté et Abdelaziz Bouteflika de l’autre, on dresse la même table, avec les mêmes couverts pour un banquet dont l’objet n’a pas non plus changé. Une affaire au goût de déjà vu. Acculé par une crise financière née de la chute des cours du brut sur le marché mondial, le gouvernement se voit désormais confronté à son incapacité de gérer et de financer des actifs publics entretenus des années durant sous perfusion financière de l’Etat. Le FMI ne cesse d’appeler de tous ses vœux à la cession de certains actifs publics à même de desserrer l’étau sur le budget de l’Etat. Un air de déjà vu C’est l’histoire qui se répète. «Les administrateurs sont généralement d’avis que recourir à un éventail plus large de possibilités de financement, y compris un recours prudent à l’endettement extérieur et la cession d’actifs publics, et donner plus de flexibilité au taux de change, pourrait fournir une marge de manœuvre budgétaire pour opérer un ajustement plus progressif et plus propice à la croissance que celui prévu actuellement et diminuer ainsi son impact sur l’activité économique», lit-on dans les différentes notes de conjoncture du FMI ayant suivi le contre-choc pétrolier de juin 2014. En 2015, sous le gouvernement Sellal, le dossier de la cession des actifs publics a été à nouveau rouvert. Il a été aussitôt pris en charge par la loi de finances 2016, signée par Abdelaziz Bouteflika. Dans son article 62, la loi budgétaire de 2016 stipule ceci : «Les entreprises publiques économiques qui réalisent des opérations de partenariat à travers l’ouverture du capital social en direction de l’actionnariat national résident, conformément à la législation en vigueur, doivent conserver au moins 34% du total des actions ou des parts sociales. A l’expiration de la période de cinq  années et après constatation dûment établie du respect de tous les engagements souscrits, l’actionnaire national résident peut lever, auprès du Conseil des participations de l’Etat, une option d’achat des actions détenues par l’entreprise publique économique. En cas d’approbation par le conseil, la cession est réalisée au prix préalablement convenu dans le pacte d’actionnaires ou au prix fixé par le conseil. Les modalités d’application du présent article sont précisées, en tant que de besoin, par voie réglementaire». Le 23 décembre dernier, lors d’une tripartite dédiée à la signature de la charte relative aux Partenariats public-privé (PPP), le Premier ministre relance concrètement l’ouverture du capital des entreprises publiques, acquiesçant ainsi au vœu du chef de l’Etat écrit en crayon feutre dans la loi de finances 2016 (article 62). Cette nouvelle cession d’actifs publics participe à une tentative de réforme à la fois budgétaire et économique, étant donné qu’un certain patrimoine public devient pour le moins encombrant et coûteux. Pour ainsi dire, cette levée de boucliers orchestrée essentiellement par les lieutenants du FLN contre une mesure budgétaire entérinée en 2016 par Abdelaziz Bouteflika cache plutôt un jeu malsain lié à l’élection présidentielle de 2019. Dans cette arène politique chauffée à blanc à quinze mois des joutes électorales, les couteaux sont aiguisés. Le combat politique se fera probablement au détriment des intérêts économiques du pays.  

«Il n’y a pas de consensus au sein du pouvoir»

Après trois années de tensions financières nées de la baisse des cours du brut, le gouvernement tente un ajustement à la fois économique et budgétaire à travers la décision d’ouvrir le capital des entreprises publiques (PME) à l’actionnariat privé, sous le label des PPP. Quelle lecture pouvez-vous en faire ? Je me suis déjà exprimé sur «la charte des PPP», adoptée en décembre dernier. Le terme de PPP est maladroit et prête à confusion car c’est un terme codifié qui décrit, partout ailleurs dans le monde, un mode de financement et d’exploitation des infrastructures publiques par le secteur privé, et non un processus d’ouverture du capital des entreprises publiques, c’est-à-dire au fond une relance de la privatisation des entreprises publiques. La charte en question n’ajoute rien au dispositif législatif et réglementaire existant. C’est en réalité un document essentiellement pédagogique qui décrit le processus d’ouverture du capital. Il est clairement dit que ce document est interne à l’administration et n’est pas opposable par les tiers, c’est-à-dire par les repreneurs potentiels, ce qui le prive juridiquement parlant de toute portée réelle. La signature de cette charte était en ce sens un coup de communication politique qui permettait au Premier ministre, Ahmed Ouyahia, d’afficher le soutien du patronat — à l’exclusion notable de la CGEA — et de la centrale syndicale historique, l’UGTA, à sa politique. Le Premier ministre actuel avait annoncé la couleur en juin dernier, en sa qualité de secrétaire général du RND, en suggérant de privatiser un certain nombre d’entreprises publiques qui connaissent des difficultés financières, citant les hôtels et les minoteries. Il en a remis une couche à l’occasion de la signature de la charte, tout en précisant qu’il s’agissait des PME et non des grandes entreprises publiques, et a fortiori que les entreprises stratégiques n’étaient pas concernées. Mais le document signé en décembre ne donnait aucune indication sur les entreprises concernées. Selon certains articles de presse, le gouvernement s’apprêtait à rendre publique une liste de 1200 entreprises concernées par une privatisation partielle ou totale. C’est ce qui a probablement suscité une réaction et une levée de boucliers de la part de certains cercles de décision, à commencer par le secrétaire général du FLN, qui n’avait pas été consulté en amont sur cette politique et qui s’en est inquiété auprès du président de la République, aboutissant à une remise en cause de ce processus et à un désaveu cinglant pour le Premier ministre.   Dans ses différentes notes de conjoncture sur l’Algérie, le FMI n’a cessé d’appeler les autorités algériennes à mener des réformes en profondeur, dont la cession de certains actifs publics. Les autorités opposaient une fin de non-recevoir aux suggestions du FMI, prétextant que «les précédentes tentatives de cession d’actifs publics n’avaient pas donné de bons résultats» (communiqué de presse n°17/201 du FMI, daté de juin 2017). Selon vous, qu’est-ce qui motive ce retournement dans la position du gouvernement sur les privatisations ? La motivation principale est d’alléger le fardeau constitué par ces entreprises, notamment locales, qui n’ont pas vocation à être gérées par l’Etat, dans un contexte où les ressources financières se sont raréfiées et où l’Etat doit concentrer tous ses efforts sur ses missions stratégiques et régaliennes. En ce sens, le Premier ministre ne fait qu’énoncer une réalité qui est connue et reconnue par l’ensemble des experts. En outre, le recours au financement non conventionnel présenté dans le plan d’action du gouvernement était conditionné par la réalisation de réformes structurelles. L’ouverture du capital des entreprises publiques fait partie de ces réformes qui ont été ajournées depuis plusieurs années. Or, les entreprises concernées sont pour une grande partie d’entre elles déficitaires et maintenues à flot à coups de subventions directes et indirectes de l’Etat, via leurs recapitalisations périodiques et la prise en charge de leurs dettes accumulées auprès des banques publiques. La gestion de ce passif coûte chaque année plusieurs milliards de dollars à l’Etat, et plombe les comptes des banques hypothéquant, du coup, leur capacité à financer les grands investissements stratégiques. D’où la décision de transférer ce fardeau au secteur privé. Néanmoins, cela reste un pari risqué. Une partie importante de ces entreprises n’est pas viable et finirait par être restructurée ou liquidée par leurs repreneurs, intéressés principalement par leurs actifs fonciers et immobiliers. A la clef, ce sont des milliers, voire des dizaines de milliers d’emplois publics qui pourraient être supprimés. La disparition en 1996 de près de 130 000 emplois publics à l’occasion de la dissolution d’un millier d’entreprises publiques, dont près de 700 PME publiques locales, reste dans les mémoires. C’est un certain Ahmed Ouyahia, alors chef de gouvernement, qui avait procédé à cette opération, pour satisfaire les exigences du FMI, dans le cadre du programme d’ajustement structurel que l’Algérie avait accepté. La privatisation, mal préparée et mal conduite, avait alors tourné au bradage des actifs publics, accélérant la désindustrialisation du pays et discréditant auprès du public l’idée même de privatisation. Les tentatives ultérieures, dans les années 2000, n’ont guère donné de résultats probants, y compris celle du complexe sidérurgique d’El Hadjar qui a été cédé par l’Etat pour être repris quelques années plus tard au dinar symbolique, sans que le groupe ArcelorMittal n’ait procédé aux investissements nécessaires à son expansion et à sa modernisation, tout en laissant une ardoise bancaire faramineuse qui a été épongée par l’Etat. La question des privatisations ne cesse de faire l’actualité de ces derniers jours, opposant les fervents défenseurs de la propriété de l’Etat sur ses entreprises aux partisans de l’ouverture sur le privé. Le Président est intervenu à travers son cabinet pour conditionner toute action de privatisation par son accord préalable. D’après vous, pourquoi cette question provoque un tel déchaînement des passions et quel serait, à votre avis, le procédé approprié à même d’éviter un remake des précédentes privatisations du début des années 2000 ? Le problème, à mon sens, est qu’il n’y a pas de consensus sur cette question au sein du pouvoir algérien, non seulement au sein du gouvernement mais aussi dans ce qu’on appelle l’Etat profond, c’est-à-dire un ensemble complexe et diffus de réseaux décisionnels, connectés à la fois à la sphère politico-administrative et à la sphère économique, et dont les intérêts ne sont pas toujours alignés. Le président de la République se pose en arbitre de l’ensemble de ces intérêts. En l’absence d’un large consensus, le Président a tranché en faveur du statu quo, sapant l’autorité du Premier ministre et lui rappelant que, dans le système institutionnel algérien, ce dernier n’était qu’un coordinateur de la politique du gouvernement. Il y a en effet une très grande réticence, pour ne pas dire un refus, au sein de composantes importantes du pouvoir politique, de lâcher prise sur le système économique et de laisser ce dernier évoluer selon sa logique propre. Comme dit le professeur Lamiri, l’Algérie est l’un des seuls pays au monde qui a abandonné le socialisme dans les textes, mais l’a gardé dans les esprits et dans les pratiques. Il y a bien eu des tentatives d’aller dans un sens plus libéral, comme ce fut le cas au milieu des années 1990 et dans la première moitié des années 2000, mais la gestion bureaucratique des circuits économiques a été perçue comme un garde-fou contre certaines dérives de la libéralisation, ce qui s’est traduit par une reprise en main et un retour à de vieux schémas de pensée et d’action. La loi de finances complémentaire de 2009 est l’un des derniers avatars de ce recul. La question des privatisations cristallise toutes les tensions et toutes les contradictions au sein du pouvoir et de la société algérienne. Cette dernière a été nourrie par la rente et abreuvée de politiques populistes qui ont développé des attentes démesurées vis-à-vis de l’Etat, sous le couvert du sacro-saint principe de justice sociale, et le sentiment que la privatisation des actifs publics remettait en cause ce principe. Concernant les privatisations, il n’y a pas de formule miracle. Le désengagement de l’Etat du secteur productif est inéluctable, mais il faut s’assurer que la restructuration des entreprises publiques cédées se passe dans de bonnes conditions. Cela nécessite un accompagnement opérationnel et financier pour garantir la reconversion des travailleurs qui ne pourront pas être maintenus en fonction. La création d’un fonds de restructuration et de reconversion pourrait être envisagée à cet effet. Plus fondamentalement, le véritable problème qui doit être attaqué de front est celui d’une discrimination effective entre entreprises publiques et privées dans l’accès aux marchés et aux financements. Prenons le cas de l’économie numérique, le secteur est bloqué par la mainmise d’Algérie Télécom sur les infrastructures et l’absence de volonté de les partager avec les opérateurs privés. Le projet de loi sur les télécommunications, qui obligeait l’opérateur public a ouvrir son réseau, a été retiré au dernier moment lors de son examen par le Parlement. Dans le secteur bancaire, les banques publiques captent toujours l’essentiel des dépôts. Dans le secteur de l’aérien, l’ouverture de nouvelles compagnies aériennes est bloquée en raison de l’impact que cela aurait sur Air Algérie. Au final, la véritable question est celle de la restructuration des entreprises publiques pour les rendre viables dans un environnement concurrentiel. Tant que cette question n’aura pas été réglée, rien ne changera.